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39-45 : Travail obligatoire
Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe
... betteraves et de choux étaient beaux, bientôt prêts à être repiqués. Le jardinier était fier de ses propres graines, récupérées l’an passé et qui « donnaient » bien. Cela lui conféra le courage nécessaire à bêcher ses parcelles, en prenant soin de ne pas mettre les mêmes plantes deux années de suite au même endroit. Il faisait chaque année un rapide croquis du potager pour s’en souvenir. On mit les bêtes au pré, les veaux grandissaient vite et prenaient de la force en jouant et courant. Le temps des labours et des semailles revint, ils firent cela de concert, parce qu’Astrid redoutait encore un accident, mais Jean avait pris de l’assurance et du savoir-faire, et surtout parce qu’ils aimaient travailler ensemble. En principe, on aurait du blé, de l’orge, un peu d’avoine et beaucoup de pommes de terre. Un beau matin, Frantz, le voisin le plus proche, un bonhomme d’environ soixante-dix ans, débarqua hors d’haleine et fourche à la main : — Cachez tout ce que vous pouvez, ils arrivent, ils prennent tout… Astrid bondit jusqu’à la basse-cour et poussa le maximum de volailles vers leur abri. Cette petite construction avait une première partie grande ouverte, utilisée librement par les volatiles, et une seconde pièce sans ouverture, petite remise fermée par une porte de bois. Elle les poussa jusqu’au fond, ferma la porte et, à grands coups de reins, dressa une douzaine de bottes de paille devant. Il ne resta plus qu’une demi-douzaine de poules et trois lapins visibles. En ...
... principe, les gallinacés plongés dans le noir se tiennent tranquilles. Pendant ce temps, Jean enfila sa capote « KG », on ne sait jamais, vérifia que leur cachette était bien recouverte, ajoutant même quelques bouses repoussantes, prit les deux veaux par les longes et s’enfuit à travers champ vers un petit bois voisin. Les jeunes bovins semblaient s’amuser au début, courant allègrement avec lui. Puis il fallut traverser des haies d’épines, un ruisseau, et là il fallait les tirer un par un. Jean arriva dans le bois essoufflé, épuisé, couvert de boue et d’égratignures. Espérant juste que les veaux n’allaient pas appeler leur mère, il les attacha à deux arbres, leur laissant assez de longe pour pouvoir brouter un peu et se câliner comme ils le faisaient souvent. Puis il scruta l’horizon en direction de la ferme. Il vit arriver la voiture et les deux camions bâchés. Ils entrèrent en trombe dans la cour, firent le tour du puits, se tenant prêts à repartir. La voiture stationna juste devant la porte de la cuisine. Le chauffeur descendit et se tint presque au garde-à-vous, son passager de droite descendit à son tour et vociféra quelques ordres aux six soldats descendus des camions. Ils se dirigèrent par groupes de deux vers la grange, l’écurie et l’étable. Un officier adipeux était vautré à l’arrière de la voiture, fumant un gros cigare et lisant un journal. Astrid, pâle, et le visage fermé, se tenait immobile, bras croisés, dans l’encadrement de la porte. Elle s’était rapidement ...