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39-45 : Travail obligatoire
Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe
... les cuire, faire les saucisses… Ils auraient pour au moins deux jours de travail acharné, surtout à deux, mais également toute une année de réserve de viande si tout était bien fait. Un peu avant midi, Astrid choisit un morceau dans le filet, le barda d’une lame de gras et l’enfourna avec des pommes de terre. Ce serait le repas de fête auquel le charcutier était convié. Le soir, ils mangeraient les rognons et le lendemain le cœur, pièces qui ne se conservent pas. Les poumons firent la joie de la basse-cour ainsi que quelques déchets qui firent celle du chien. Le bonhomme était gentil et, voyant l’inexpérience de Jean, resta une bonne partie de l’après-midi pour les aider à faire les choses les plus délicates, boudins, saucisses, salamis… Il connaissait bien la maison et dit à Jean de prendre une caisse et de le suivre. La chose pesait bien une trentaine de kilos. Il monta à l’étage puis au grenier où, derrière le linge en train de sécher, il ouvrit une sorte de placard à double porte. Une sorte de trou noir apparut et une bouffée de fumée en sortit. Ce n’était rien d’autre que le conduit, élargi pour cet usage, de la cheminée de la cuisine où la cuisinière ronflait pratiquement toute l’année. Il décrocha des barres de bois noircies par la fumée où pendaient encore trois ou quatre saucisses qu’il plaça devant. Derrière, il accrocha toutes celles qu’ils avaient montées, grandes et petites, et quelques morceaux de poitrine soigneusement salée. — Lui reste plus grand-chose ...
... à cette pauvre femme, bougonna-t-il. Quand il décida de partir à la nuit tombante, Astrid lui demanda de prendre ce qu’il souhaitait. Il la regarda droit dans les yeux : — Vous savez, Madame, Herbert et moi étions amis. Les temps sont durs pour tous, bien plus pour vous. Cette année, je ne vous demande rien. — C’est très gentil à vous, mais tout de même, toute peine mérite salaire. Prenez au moins ce petit jambon de devant et ce rôti, j’y tiens absolument. — Vous avez un grand cœur. Mais méfiez-vous. Cachez bien tout ça parce que s’ils le trouvent, ils vous prendront tout. — Vous voulez dire… les militaires ? — Bien sûr. Ils ont pris tous les chevaux, les ont entassés sans soins dans des camions ou des wagons. Il n’y en a pas la moitié qui sont arrivés en état de porter un bonhomme. Pareil pour les vaches et les cochons. Ils pillent cent pour n’en utiliser que moins de cinquante et nous on crève. Quel gâchis ! — Je hais la guerre chaque jour un peu plus. Enfin, c’est comme ça. Rentrez bien et soyez prudent. Le travail se prolongea fort tard et reprit très tôt le matin. Astrid ne cessait de placer de grandes lessiveuses sur le feu et d’attiser la cuisinière. Elle mettait son gros réveil à sonner à intervalles réguliers. Les bocaux stérilisés refroidissaient ensuite tranquillement à même le sol avant d’être descendus à la cave. Dans le four, les terrines se succédaient au bain-marie, bien soudées avec de la farine et de l’eau. Jean remplissait des petits fûts, qui ...