1. 39-45 : Travail obligatoire


    Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... voulait charmeur.
    — Monsieur l’officier, je suis une femme mariée, une mère de famille, honnête, respectable et protestante. Si un homme, quel qu’il soit, me manque de respect, il saura de quel bois je me chauffe !
    — Gut, gut, gut. Mais faites attention ces Français sont les pires de nos prisonniers. Ils sont menteurs, voleurs, crasseux, libidineux et surtout très malins. Mais nous sommes plus malins qu’eux.
    — Hein, ajouta-t-il en français à l’intention de Jean. Français gross filous ! Che fous ai à l’œil !
    
    Sur ce, il sortit une matraque et fit ouvrir la bouche du prisonnier pour regarder ses dents, sa gorge. Il prit un mouchoir pour tirer sur ses oreilles et en regarder le fond, examina ses mains, lui fit poser ses sabots pour regarder ses pieds. Ne trouvant rien à reprocher il déclara :
    
    — Ses mains sont sales !
    — Mais… il travaillait, c’est normal.
    — Faites attention, petite Madame. Ne faites jamais confiance à un prisonnier, surtout pas à un Français. Je vous l’ai dit : tous voleurs, menteurs et très malins. Au revoir, Madame, soyez prudente.
    — Au revoir, Monsieur…
    
    Les deux militaires remontèrent dans leur voiture qui démarra en trombe, comme la pluie. Attiré comme à l’habitude, Jean s’approcha d’Astrid qui le repoussa.
    
    — Non, fais attention. Ils peuvent nous observer de loin à la jumelle. Et garde bien ta capote aujourd’hui.
    
    Ils retournèrent tous deux à leurs occupations respectives et ne se retrouvèrent que le soir.
    
    — Tu sais, je n’ai pas tout ...
    ... compris, mais je ne suis pas voleur ni menteur.
    — Je sais, meine Liebe, et moi je n’aime pas les militaires, je n’aime pas la guerre et je n’aime pas ce que fait l’Allemagne aux autres pays. Mais je suis allemande, je n’y peux rien…
    
    Il leur fallut cependant plusieurs jours pour retrouver cette naïve liberté, berceau de leur bonheur. Et ils firent bien d’en profiter. Car la visite suivante, cette fois pas en voiture, mais en carriole, fut celle du bourgmestre du village accompagné du pasteur.
    
    — Désolés, Fraulein, mais nous avons une bien triste nouvelle à vous annoncer.
    — Mon fils ? hurla Astrid comme une chienne qui hurle à la mort.
    — Non, Fraulein, mais votre mari et notre ami Herbert, à la bataille de Smolensk…
    
    Ils lui remirent ses papiers, des bouts de carton presque illisibles et sa plaque de soldat, preuve de sa mort. La femme essuya quelques larmes avec le bas de son tablier.
    
    — Je voulais… qu’on fasse une petite cérémonie à sa mémoire… enfin si vous le voulez bien…
    — Oh, faites ce que vous voulez, ça ne changera plus rien… Je hais la guerre.
    — Mais, ajouta le pasteur, pour le corps… il est peu probable qu’il soit rapatrié ici.
    — Qu’ils s’occupent d’abord des vivants, et que Dieu les protège. Que Dieu protège mon petit.
    
    À la suite de cette annonce, Astrid sombra dans une période de grande tristesse. Non pas que le décès de Herbert lui provoque une peine immense et inconsolable. Elle n’en était pas amoureuse, vivait avec lui par habitude sans en tirer un ...
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