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39-45 : Travail obligatoire
Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe
... immanquablement il l’envoyait à chaque fois au septième ciel. Et elle aimait ça, et il aimait ça. Un triste et pluvieux matin d’automne, le chien se mit soudain à aboyer rageusement, ce qu’il n’avait pas fait depuis l’arrivée de Jean à la ferme. Un véhicule militaire entra en trombe dans la cour. Avaient-ils été vus, dénoncés ? Astrid rappela le molosse et un officier descendit de la voiture kaki. Il claqua des talons : — Bonjour Madame, dit-il poliment en Teuton. Contrôle des prisonniers de guerre. — Entrez, je vous en prie. Son acolyte le suivit portant une lourde serviette qu’il posa sur la table. Il en sortit quelques feuilles dactylographiées. — Où se trouve le prisonnier « Jean Transen » ? — Il est ici, je l’appelle… Hans ! Hans !, hurla-t-elle à la porte. Komm hier ! — Il parle allemand, s’enquit l’officier ? — Un peu, il apprend. — C’est bien. Jean arriva en courant sous la pluie. Heureusement qu’il s’était retenu de crier en retour « j’arrive mon amour » ou quelque chose de ce genre, se dit-il en voyant la voiture. — Ach ! Fous ne bortez pas la capoteuh marquée « KriegsGefangener ». Fous devez la borter zans cesse, que tout le monde sait que fous êtes brissonnier de guerre, hurla-t-il en français avec fureur (ou avec führer…) ! Jean monta les escaliers quatre à quatre et redescendit avec la capote sur le dos. — Gut ! Touchours borter, touchours ! Papiere ? C’est Astrid qui sortit de la poche de son tablier la petite clé fermant le ...
... tiroir du buffet et y prit les papiers. — Vous gardez les papiers, c’est bien. S’il voulait s’échapper, sans papiers il n’irait pas loin, reprit-il en allemand. Gut ! Ach, Französisch… Le prisonnier a-t-il tenté de s’échapper ? — Non. — Le prisonnier travaille-t-il correctement ? — Oui, il fait ce qu’il peut. — Nein. Est-il un bon travailleur ? — Oui. — Voulez-vous changer de prisonnier, quelqu’un de mieux adapté aux travaux des champs ? — Non, il est habitué maintenant. Je ne veux pas tout recommencer. — Avez-vous besoin d’un second prisonnier ? — Non plus. Nous n’avons plus d’animaux, juste une vache et une vieille jument, « effort de guerre », soupira-t-elle amèrement. Il n’y a pas de travail pour deux. — Le prisonnier est-il poli et respectueux ? — Oui. — Le prisonnier obéit-il aux ordres que vous donnez ? — Oui. — Le prisonnier est-il propre ? — Oui, enfin je crois. Il ne sent pas mauvais et il se lave. — Où ? — Là, dehors, dans le puits. — Gut. Le prisonnier est-il voleur ? — Non, voler quoi ? — De l’argent, de la nourriture ? — Non. Il n’y a rien de précieux ici et il est bien nourri. — Ach, Madame. Quand un prisonnier prépare une évasion, il sait qu’il aura besoin d’argent et de nourriture. — Ah, je comprends. Mais non, je vous assure, rien ne manque. — Le prisonnier vous a-t-il manqué de respect ? — Non. — Il n’a jamais essayé de… Les Français aiment beaucoup les femmes… et vous êtes une belle femme, ajouta-t-il d’un ton mielleux qui se ...