1. 39-45 : Travail obligatoire


    Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... depuis Astrid. Ce qui lui permit de tester son allemand naissant, il ne s’en tira pas si mal.
    
    Et puis il y a eu cet instant, ce moment magique bien que bref où, quand la vache et le taureau eurent refait connaissance, l’énorme mâle se dressa sur ses pattes arrière et retomba sur le dos de la vache vacillante. L’impérieuse nécessité de survie de l’espèce qui vous frappe en pleine figure, asséchant d’un coup la gorge, dressant tous les poils, faisant battre le cœur aux tempes, laissant une trace humide au creux des mains. Accoudée à l’enclos, Astrid eut un léger sursaut qui fit que son coude effleura celui de Jean, ils en furent électrisés tous les deux. Ils rentrèrent silencieusement, n’osant ni se parler ni se toucher, victimes tous les deux de la même secousse tellurique.
    
    — Combien de temps pour le veau, osa Jean pendant le dîner ?
    — Neuf mois.
    — Comme une femme ?
    — Oui…
    
    Ce fut la conversation du jour entre deux êtres bouleversés et confrontés à leurs propres désirs.
    
    La moisson de l’orge ne fut pas à retenir dans les annales. Il y en eut un peu, suffisamment cependant pour alimenter la basse-cour, ce qui laissa assez de paille pour les litières. C’était malgré tout prometteur, car, si tout était fait au bon moment, on pouvait espérer une récolte convenable. On verrait avec le blé. Ce fut aussi l’occasion pour Jean d’apprendre à se servir de la moissonneuse, de la machine à battre mue par la jument, du tarare qui sépare le grain de la balle, et de la ...
    ... botteleuse pour faire de (presque) superbes parallélépipèdes de paille. Mine de rien, l’année était sauvée et Astrid en fut fort reconnaissante à Jean. Elle partait chaque semaine au marché, la charrette remplie de volailles et lapins, et de kilos de légumes en tout genre. Cumulant ainsi un beau petit pécule, elle put dès septembre faire l’acquisition d’un porc, animal essentiel à la nourriture allemande, de façon à l’engraisser pour le tuer en hiver.
    
    Un jour même, elle rapporta à Jean un sac de jute dans lequel il trouva un grand torchon roulé. Astrid attentive lui dit de le mettre sur la table, de prendre des précautions. L’étoffe révéla une grosse boule de tabac bien serrée. Un échange teinté de marché noir avec un autre paysan qui en cultivait plus ou moins en douce. C’est-à-dire une partie officielle et une partie « perdue » à cause des intempéries… Il y avait longtemps que Jean avait vu le fond du pot, malgré une consommation très sage. Et ça lui manquait beaucoup. Alors ce gros paquet, il le reçut comme un cadeau du ciel, leva la tête et écarta les bras. Astrid prit ce geste pour elle-même et, cédant à une pulsion soudaine, elle se jeta dans les bras ouverts de Jean.
    
    Le coup de gong était donné. Sentir ce corps chaud contre le sien, ces seins drus qui perçaient sa poitrine, cette joue si douce contre la sienne, Jean le timide referma ses bras sur Astrid la timide. Après un long moment d’immobilité où chacun prenait conscience de l’énormité de l’instant, où le sexe gonflé ...
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