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39-45 : Travail obligatoire
Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe
... cette odeur de femme. Il aurait pu y rester des heures. Elle termina avec une nouvelle dose de schnaps qui le sortit de sa torpeur. Alors elle alla jusqu’à la grange et revint avec une grande toile d’araignée. Il eut un mouvement de recul, mais elle le rassura : — Das ist gut, sehr gut… pas peur. (C’est bon, très bon…) Elle appliqua la chose sur la plaie, la recouvrit avec une compresse imbibée d’huile et lui fit un bandage sommaire autour de la tête avec un torchon. Ça et la barbe, « pirate », s’écria-t-il, et elle rit à gorge déployée, autant par relâchement que parce que le mot était identique, ou presque, dans sa langue, « Pirat ». Puis elle dit : — Cheval… chercher. — Non, attends… Euh… Je dois… Ich muss… wieder machen, essayer encore. — Nein ! Du bist krank ! Ich gehe mit dich… (Non ! Tu es blessé ! Je vais avec toi…) Elle l’accompagna et se chargea de diriger le cheval et de surveiller l’attelage, que Jean rattacha solidement. À force d’erreurs et d’efforts répétés, le métier rentra, et le labour se poursuivit, assez lentement, mais avec un effort minimum pour un résultat convenable. Oh bien sûr, un paysan confirmé se serait sans doute moqué. Mais peu importait, les patates pouvaient être plantées, ce qu’il fit dès le lendemain. Le jour suivant, ils attaquèrent un champ beaucoup plus grand dès l’aube, Astrid, le cheval et Jean. L’objectif était d’y semer de l’orge, il était bien trop tard pour le blé, pour lequel il faudrait attendre l’automne. Il leur ...
... fallut deux jours d’efforts pour arriver à bout de ce grand champ, et une journée à deux pour l’ensemencer. Ça, Astrid l’avait déjà fait et put montrer à Jean l’auguste geste du semeur. Après cela, ils décidèrent de se reposer un peu jusqu’au dimanche, harassés qu’ils étaient. Ils se contentèrent donc de soigner la basse-cour et d’arroser le jardin où les graines commençaient à germer. Si toutes les semences mises en place poussaient, ils auraient des récoltes largement excédentaires. Ceci compenserait peut-être cela, en termes de conserves pour l’hiver, de nourriture pour les volailles ou de vente sur le marché. Les plaies de Jean commençaient à bien cicatriser et ne le faisaient plus souffrir tant qu’il n’y touchait pas. Astrid lui confia un coffret de bois rouge, acajou probablement en lui disant : — C’est de mon papa. Pas donner. Juste quand tu es là. Elle y tenait certainement comme à tout ce qui avait appartenu à son père. Il manœuvra le petit loquet et découvrit un nécessaire de rasage usagé, mais de toute beauté. Rasoir pliant à manche d’ivoire incrusté de motifs, bol argenté, blaireau de vrais poils à manche d’ivoire, bloc de savon à barbe, bande de cuir d’affûtage et, dans le couvercle retenu par un lacet de cuir, un miroir à l’inclinaison idéale. C’était un objet magnifique, il en fut tout ému. En faisant bien attention, il put reprendre une apparence humaine convenable et se sentit plus à l’aise. Désormais, il se raserait tous les dimanches. Son seul regret ...