1. La Vie de Solange, ou les mémoires de la Comtesse de *** (8)


    Datte: 19/06/2022, Catégories: Trash, Auteur: Mir, Source: Xstory

    ... origine. Un apprenti palefrenier, sur le seuil de l’entrée principale, essoufflé, criait, gesticulait. Dans l’incohérence de ses propos, je finis par comprendre qu’un « terrible accident » venait de survenir. Glacée, je me tournai vers Claudine. Elle affichait un air effrayé, mais au même instant elle pressa vivement ma main. Le cœur battant, je suivis la domesticité qui se précipitait vers les écuries.
    
    Le plus ancien des palefreniers m’arrêta à l’entrée.
    
    - Ce n’est pas un spectacle pour une dame. Ni pour aucune femme, d’ailleurs, dit-il la mine sévère, fixant une jeune cuisinière qui revenait de l’intérieur, s’étant manifestement glissée discrètement dans son dos.
    
    - Qu’arrive-t-il donc ?
    
    - Il s’agit d’Honoré, Madame, le valet de pied de monsieur le Comte.
    
    La grimace accompagnant l’énoncé de ce nom m’en disait long sur la considération en laquelle il était tenu, Honoré l’homme sans honneur…
    
    - Eh bien ?
    
    - Eh bien Madame, nous ignorons ce qu’il est advenu, mais il est entré dans la stalle de l’étalon préféré de monsieur le Comte et il s’y trouve maintenant toujours, à terre, la face écrasée d’un coup de sabot. Fallait-il être stupide pour approcher un animal aussi fougueux par derrière ! Voilà le malheureux bien puni de cette incompréhensible imprudence…
    
    Une des cuisinières intervint.
    
    - Ah ça, plus qu’une imprudence, Joseph ! De l’orgueil, un orgueil bien mal placé ! Il s’était vanté voilà quelques temps en cuisine d’être assez viril pour dompter ...
    ... n’importe lequel des animaux de monsieur le Comte, « mâle ou femelle » avait-il dit avec des gestes... Oh pardon madame la Comtesse pour ce langage cru, vous voyez ce que je veux dire.
    
    Dompter mâles etfemelles. Je serrai les poings : oui, je voyais très bien.
    
    - Mais que croyait-il donc ?
    
    La jeune cuisinière qui était sortie des écuries répondit timidement :
    
    - C’est un peu ma faute, me crois… Je le raillai tantôt, juste après le repas, sur cette vantardise, il s’en était agacé et m’avait dit que je saurais bientôt de quoi il était capable…
    
    Le reste des domestiques, toute ouïe, approuvait lentement de la tête. Le caractère d’Honoré semblait pour eux aller de pair avec une action aussi irréfléchie.
    
    La jeune fille étouffa un sanglot.
    
    - Oh mon dieu, c’est ma faute, c’est terrible…
    
    Claudine la prit dans ses bras avec des paroles réconfortantes. Attentive, je vis alors une feuille pliée changer de mains. Pétrifiée, j’y vis la confirmation de mes soupçons… Elles avaient recouvré ma lettre. Le stratagème employé m’épouvantait. Cette mort me pétrifiait, mais je craignais aussi pour Claudine et sa complice, si quelqu’un prenait quelque soupçon, et aussi pour le pauvre animal que l’on risquait d’abattre pour un crime qu’il n’avait pas commis.
    
    L’arrivée du médecin, qui était dans le domaine pour quelque affaire que j’ignorais, mit fin à cette scène éprouvante. J’enjoignis les domestiques de s’éloigner et restai juste assez longtemps pour entendre la confirmation du ...