1. La Vie de Solange, ou les mémoires de la Comtesse de *** (8)


    Datte: 19/06/2022, Catégories: Trash, Auteur: Mir, Source: Xstory

    Après la nuit où mon indigne époux m’offrit à ses valets, je vécus plusieurs jours dans la honte et la peur. Je m’enfermai dans mes appartements, prétextant une migraine prolongée pour éviter de croiser l’homme qui m’avait humiliée ainsi, de même que ceux qui avaient participé à ce moment infâme. Je craignais aussi le troisième valet, qui devait détenir une lettre de mon cousin : le Comte, voyant mon engrossage tarder et notre… convenance conjugale mise à mal, pourrait tout à fait me répudier. Même si le cas était extrêmement rare, tant la honte frappait les deux partis, cela restait une possibilité terrifiante pour une femme.
    
    Je m’effrayai aussi à l’idée de rencontrer dans la demeure les deux autres valets qui m’avaient possédée. Qui savait quelle serait leur réaction ? Auraient-ils parlé de leur… bonne fortune… au reste de la domesticité ?
    
    J’eus rapidement la réponse à mes inquiétudes. Ma servante attitrée, depuis le début de ma feinte migraine, n’osait pas me regarder dans les yeux et semblait se déplacer en ma chambre comme en celle d’une défunte. En fin de journée, elle finit par me demander timidement si je me sentais mieux, et me tendit un bouquet d’herbes. Je la remerciai et saisit le bouquet, lui en demandant l’usage. Elle balbutia que broyées, les herbes assuraient un soulagement immédiat des parties du corps douloureuses, à défaut de soulager l’âme.
    
    Je blêmis.
    
    Elle le vit et finit par me faire face.
    
    - Madame, nous avons vu en ces lieux bien pires ...
    ... que… certaines choses… arrivées récemment. Les deux épouses précédentes du Comte ont fini par en dépérir, voire périr. Soyez assurée que pour trois valets faisant des réflexions lestes, il y a une entière maison qui vous admire et vous soutient. Vous pourriez exiger de nous ce que vous souhaitez, Madame, nous ne sommes pas des ingrats, ni des ingrates surtout. Nous savons ce que nous vous devons ; sans votre présence notre quotidien serait bien difficile. Y compris pour ceux et celles servant de près monsieur le Comte.
    
    Je compris que la perversité méchante de mon époux ne s’était pas limitée à ses épouses. Je réalisai aussi que tout mon travail, assez laborieux mais fructueux, pour les gens me servant, trouvait une reconnaissance que je n’avais jamais soupçonnée.
    
    Quelques larmes m’échappèrent.
    
    Claudine, la servante, se jeta à mes pieds.
    
    - Pardon, Madame, pardon, je ne voulais pas vous attrister, vous qui êtes une lumière pour nous !
    
    - Allons, ne te soucie pas de mes larmes : elles ne sont que l’expression du réconfort que tu me donnes. Mais ces trois valets dont tu me parles… Ils peuvent me causer bien du tort.
    
    - Je vous assure, Madame, que nous ferons tous en sorte qu’il n’en aille pas ainsi.
    
    Après cette conversation inattendue, il me fallut tout de même un temps avant d’oser sortir de mes appartements. Je consacrai alors mes journées à visiter les travaux engagés sur le domaine : modernisation de la scierie, presque achevée, édification de retenues pour la ...
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