1. À la vie, à l'amour, à la mort


    Datte: 08/03/2022, Catégories: fh, jeunes, amour, cérébral, revede, odeurs, pénétratio, prememois, Auteur: Onyx31, Source: Revebebe

    ... comme ma poche, car il est impossible de prendre les grandes artères dégagées. Je tourne et contourne par les petites ruelles, les arrières-cours d’immeubles. Plusieurs fois, je dois faire demi-tour, le passage étant bloqué par de nouveaux éboulis.
    
    J’arrive enfin au pont de Vrbanja. Plusieurs carcasses de voitures criblées de balles en jonchent le tablier. Je reprends mon souffle quelques minutes. J’étudie la trajectoire que je vais emprunter et, surtout, je cherche un endroit où m’abriter de l’autre côté.
    
    J’hésite, mais cela ne sert à rien, je le sais.
    
    C’est entièrement à découvert et je serai une cible facile. Mais je n’ai pas le choix, il me faut y aller, il me faut passer, coûte que coûte.
    
    Papa et maman, je vous aime.
    
    GO. Je me lance aussi vite que je peux en poussant ma brouette. Les balles sifflent, j’entends leurs impacts, je zigzague encore et toujours.
    
    Ne pas tomber, courir sans relâche.
    
    Enfin de l’autre côté.
    
    Je me laisse glisser derrière un mur éboulé hors d’haleine. Je dois avoir battu le record olympique de la course à la brouette !
    
    Encore quelques centaines de mètres et j’arrive dans un ancien garage automobile où se trouve le puits. Je ne suis pas seul, trois femmes s’affairent à remplir leurs bidons.
    
    — Bonjour, dis-je encore tout essoufflé.
    — Salut gamin, me répond la plus âgée. Tu viens d’où ?
    — De Grbavica, de l’autre côté de la Miljacka dis-je pas peu fier de mon fait d’arme. Là-bas on n’a pas la chance d’avoir de puits.
    — ...
    ... T’as traversé par le pont de Vrbanja ?
    — Oui m’dame.
    — C’est qu’il est couillu, le gamin, lance sa voisine. Et c’est quoi le nom du héros du jour ?
    — Amar, répondis-je, tout fier d’avoir été appelé « héros »
    — Allez, viens remplir tes bidons, tu l’as bien mérité.
    
    Elle me donne un coup de main en actionnant la pompe manuelle. Le dernier jerrican est à moitié plein qu’un obus éclate non loin de là, faisant trembler le sol. Puis un autre, quelques secondes après.
    
    — Merde, des tirs de mortiers. Faut pas traîner, on rentre. Viens avec nous, Amar, tu ne peux pas repartir maintenant, c’est trop dangereux.
    
    Sans demander mon reste, je les suis à travers les décombres sous la pluie mortelle. Quelques minutes plus tard, nous arrivons au pied d’un immeuble, sains et saufs. Je laisse ma brouette, embarque mes deux bidons et nous descendons dans les caves.
    
    Les obus continuent de faire trembler le sol.
    
    Je me laisse guider dans le dédale de cet abri improvisé. Il ressemble beaucoup au nôtre, où s’entassent tant bien que mal femmes, enfants et vieillards. Les hommes, eux, sont au front.
    
    — Au fait, moi c’est Ajla, me dis la plus âgée. Suis-moi.
    
    Je m’exécute. Elle m’emmène dans une pièce où trônent en son centre une table et quelques chaises, un vrai luxe par les temps qui courent. Tout autour, contre les murs, des matelas à même le sol complètent le mobilier.
    
    Assis sur une des chaises, un homme. Il se lève d’un coup et se jette dans les bras d’Ajla.
    
    — Enfin tu es ...
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