1. Atelier d'artisanat - 4


    Datte: 02/08/2021, Catégories: mélo, Auteur: Passerose, Source: Revebebe

    ... graves.
    
    Le concerto n° 3 qui suit prolonge mon état de béatitude. Dans son envolée le piano me renvoie sur la piste de danse puis je revois ces petites mèches folles qui encadrent le visage riant aux yeux bleus. À quel instant ? Les violons dissipent le cadre et le piano repart solennel ou fou, danse dans les notes aigues avant de reprendre le motif, le pianiste hésite, cherche, tâte avant de relancer l’accord final de cet allegro. Le largo s’étale languissant puis s’élève lentement et chavire. Ça se vit, ça ne se décrit pas, c’est en parfaite harmonie avec mes sentiments présents. Je suis les mille détours de la mélodie et je pense à Sylvie : rien de précis en dehors de l’impression de bien-être qui me reste du temps passé ensemble. Est-ce ça l’amour ? L’attaque guillerette du rondo est plus gaie et me sort de cette torpeur ouatée où je vivais depuis presque une heure… Le virtuose part en trilles l’orchestre s’agite. La clarinette provoque le pianiste. Ça part de tous côtés. Comme mes pensées. Je me rends à l’évidence : je suis amoureux. Tum tum tum tum, 1, 2, 3, 4, le vertige précipite les gammes de haut en bas et on repart des graves en escaliers à peine effleurés à la rencontre des clochettes du haut. Musicologues avertis pardonnez mes contresens insensés, je suis amoureux ! Soumettez donc vos savantes analyses à cet état incompréhensible
    
    Merci à celui qui sonne d’avoir attendu la fin du cd.
    
    — Bonsoir, cher monsieur. Me reconnaissez-vous ? Excusez-moi de passer ...
    ... si tard. Je ne vous ai pas trouvé cet après-midi, mais je tenais à vous faire part… bla, bla. C’est cet acheteur qui vient se rétracter. Jour heureux, jour béni des dieux : il n’achète plus, je ne vends plus, je reste dans ma maison, là à proximité de mon amour. C’est tout réfléchi. Le brave homme est parti tout gêné, j’ai retenu ma joie. Maintenant elle peut s’exprimer : musique !
    
    C’est ma soirée Beethoven et j’enchaîne avec le concerto n°1 pour piano. L’avantage des pavillons individuels c’est qu’on peut mettre du volume sans ennuyer son entourage. Qui sonne à cette heure avec autant d’insistance ? Le rêve devient réalité. Mais oui, c’est elle :
    
    — Eh ! bien que t’arrive-t-il. Il te faudrait des triples vitrages. De l’extérieur on entend la musique mais surtout ta voix. Quel concert !
    — Entre vite, tu es glacée.
    — Voilà cinq minutes que j’écoutais. Quel entrain. D’où te vient cette joie.
    — Devine !
    
    Je l’enlace, point n’est besoin de longues explications pour qu’elle découvre l’origine de mon bonheur. J’ai baissé le son. Debout l’un contre l’autre, immobiles nous goûtons ensemble les dernières minutes de l’allegro. C’est tellement plus beau quand on partage. J’ écarte d’un doigt la mèche folle qui tombe sur son œil droit. Nous profitons du début du largo, en sourdine désormais.
    
    — Quelle bonne surprise. Tu as fini tes préparations ?
    — J’ai bien revu mes fiches, placé mes marques. Comme toi je me suis sentie euphorique et j’ai avancé plus vite que prévu. J’ai eu ...
«12...141516...27»