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Le bonheur de Sophie
Datte: 02/11/2026, Catégories: #historique, ffh, forêt, campagne, soubrette, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe
... vingt-quatre heures et d’aller chercher du travail ailleurs. L’intendant était un petit homme tiré à quatre épingles et François le dominait de la tête et des épaules. Mais ils savaient l’un et l’autre que les gendarmes accourraient au moindre signalement de l’homme d’étude. — Et pourquoi donc que j’suis renvoyé ? — Il n’y a pas de motif. Et vous n’aurez pas de recommandation. Pas de recommandation voulait dire que personne ne l’embaucherait dans le pays. François passa la journée à chercher un moyen d’emporter les affaires de sa famille tandis que Marie rangeait leurs maigres possessions. Leurs deux filles pleuraient parce qu’elles ne voulaient pas quitter leurs cousines. Finalement, François avait mis ses économies dans l’achat d’une vieille mule et d’une petite carriole. À l’aube, tandis que des bancs de brouillard montant du fleuve s’accrochaient aux arbres, la famille installée sur la carriole quitta la maisonnette au bord du bois, des larmes dans les yeux des filles, François les mâchoires serrées et Marie blottie contre lui, seul rempart qui lui restait contre la misère. Ils traversèrent le hameau et arrivèrent à la grand-route, là où part l’allée qui mène au château. Une femme se tenait là, dans la brume, avec un enfant à la main et un baluchon posé à ses pieds. — Je peux monter ? demanda Sophie de Ségur quand ils furent assez près pour se reconnaître. — Monter ? demanda François. — Je pars avec vous, dit Sophie. Charles aussi. Si vous voulez ...
... bien. François ne voulait pas. La comtesse ne se rendait pas compte, une vie de misère les attendait, une vie triste et dangereuse. Mais pendant qu’il tentait de la dissuader, Marie lui tendait la main pour l’aider à monter à côté d’elle sur le banc et Charles avait eu vite fait de rejoindre les filles à l’arrière, confortablement installées sur les ballots de vêtements de la famille. Les enfants se connaissaient. Ils avaient déjà joué ensemble pendant des heures tandis que leurs mères jouaient à d’autres jeux dans un petit salon à la porte close. — Ne fais pas la tête, mon bel homme, dit en riant l’ex-comtesse à François. J’ai un plan. J’ai un vieil oncle à Nantes qui a fait fortune comme armateur. Il m’aimait beaucoup quand j’étais petite et je crois qu’il est toujours prêt à me secourir, même si je suis devenue une mauvaise femme. — Toi, une mauvaise femme ? demanda Marie. — Bien sûr, Marie, tu ne savais pas ? Une femme qui prend du plaisir en baisant est une mauvaise femme, voyons. Donc, cet oncle a de l’argent et beaucoup d’amis dans la marine. Il nous trouvera facilement des places sur un navire transatlantique. À nous l’Amérique ! C’est un pays neuf et il y a de la place pour tout le monde. Je suis sûre que là-bas, nous pourrons vivre heureux et libres. — Très bien, ma Sophie. Mais c’est qui, nous ? demanda François d’une voix sourde. — Mais… François, nous, c’est ma famille ! C’est-à-dire Charles, Élise, Madeleine, Marie, toi et moi. Une famille, quoi ! Des parents et ...