1. Le bonheur de Sophie


    Datte: 02/11/2026, Catégories: #historique, ffh, forêt, campagne, soubrette, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe

    Par un bel après-midi, le jeune Charles de Ségur, alors âgé d’à peine cinq ans, jouait au bord de l’étang noir tandis que Charlotte, sa nourrice et Jane, la jeune Anglaise qui tentait de lui apprendre les rudiments de la langue de Shakespeare papotaient un peu plus loin dans l’herbe. Charles se penchait inconsidérément depuis la berge pour tenter de débloquer à l’aide d’un petit bâton son voilier qui venait de se coincer dans les roseaux. Évidemment, il tomba. L’eau à cet endroit n’était pas très profonde, mais suffisamment pour que le bambin ne puisse reprendre pied. Il cria et battit des bras, mais sans aucune efficacité. Ces dames se levèrent en panique et appelèrent au secours. C’est tout ce qu’elles pouvaient faire, ne sachant nager ni l’une ni l’autre. L’étang noir était loin du château et le petit garçon aurait certainement péri si un bûcheron qui travaillait en bordure du bois voisin n’avait entendu les appels désespérés.
    
    François savait nager, lui, car dans sa jeunesse il avait été corsaire au service du roi. Il arriva en courant, plongea sans même enlever ses bottes et ressortit aussitôt avec le môme dans les bras. Il n’avait après tout de l’eau que jusqu’à la taille. Le seul dommage qu’avait subi le jeune comte était la frayeur qu’il avait eue. Il fallait aussi qu’il se change au plus vite pour ne pas prendre mal. Tout le monde rentra donc au château, François marchant à grandes enjambées, le jeune Charles ruisselant sur ses épaules, les dames trottinant ...
    ... derrière lui en réfléchissant à la manière de présenter l’aventure à la comtesse pour échapper au renvoi.
    
    Arrivé au château, il y eut un peu de confusion, chacun s’expliqua, la comtesse faillit se trouver mal et François qui avait laissé sa cognée dans le bois s’éclipsa. Le lendemain, toutefois, un valet frappa à sa porte pour lui annoncer que la comtesse voulait le remercier elle-même de son acte de bravoure et qu’il était convié au château en début d’après-midi. Ce fut un peu la panique dans sa masure aussi, car l’invitation était plutôt exceptionnelle. Sa femme défroissa et repassa son unique costume de drap noir, lui enfila une chemise qui lui serrait le cou et cira ses chaussures. Il se rasa de près et gagna le château.
    
    À l’heure dite, il se présenta sur le perron et un majordome le guida jusqu’au petit salon où l’attendait la comtesse, confortablement installée dans une boudeuse, un plateau avec tasses, café et biscuits, installé devant elle.
    
    — Ah, dit-elle, mon bon François. Entrez, entrez, mon ami. Vous avez sauvé ce que j’ai de plus cher au monde. Je ne m’imagine pas vivre sans mon petit Charles, aussi c’est ma vie que vous avez sauvée avec celle de mon enfant. Vous avez toute ma reconnaissance et vous aurez toute celle de mon mari dès qu’il rentrera de Paris, je vous l’assure.
    
    François était resté debout à l’entrée de la pièce et regardait ses chaussures. Il regardait aussi l’épais tapis qu’il foulait et remerciait sa femme d’avoir si bien nettoyé ses vieux ...
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