1. Perdue dans les brouillards de l’automne


    Datte: 26/10/2026, Catégories: #fantastique, Auteur: Calpurnia, Source: Revebebe

    ... lui composer des textes qui flattent sa mégalomanie. Après tout, qu’importent les vers, si elle est contente ?
    
    Mais l’inspiration se refuse, car je sais bien que les mots ont un pouvoir qui peut s’avérer maléfique, surtout entre de mauvaises mains. Ma nature rejette cette perspective, même pour sauver la vie de mes héros préférés. Je m’embrouille les doigts sur les touches du clavier à la mécanique plutôt déconcertante, et froisse beaucoup de papier. Je ne produis que quelques banalités, avec des rimes riches pour en cacher les clichés.
    
    Le troisième jour, elle vient me rendre visite et lit mon œuvre. Son visage devient cramoisi. Elle se met en colère, sans pour autant élever la voix. Il me semble être livrée à nouveau à ma terrible enseignante de cours préparatoire, à l’âge de six ans, quand je faisais trop de fautes à la dictée, quand je pissais dans ma culotte au moment d’être surprise en train de copier sur ma voisine, parce que les mots étaient trop difficiles, et que les autres enfants se moquaient de moi. En y réfléchissant, cette femme odieuse ressemblait à Miss Ylang-Ylang. Les deux visages se superposent.
    
    — Je vais vous présenter quelqu’un, dit-elle finalement.
    
    Accompagnée de deux gardes qui ferment la marche, elle nous conduit à travers les couloirs de son immense base spatiale vers une chambre où tout est sombre.
    
    — Ici vit Tokyo Lil, ma sœur jumelle, dit-elle. Elle ne me ressemble pas. La nature a été aussi méchante envers elle qu’elle a été ...
    ... généreuse avec moi, qui a eu la beauté et l’intelligence, alors que son esprit est vide et que sa laideur dépasse l’entendement.
    
    En m’habituant à la pénombre, je finis par remarquer qu’une femme est couchée sur le lit. Elle tourne son regard vers nous. Miss Ylang-Ylang n’exagère pas : son physique est repoussant, voire fait horreur. Elle est difforme, toute petite, avec des bras minuscules et une tête énorme, grimaçante, des yeux globuleux immenses qui n’expriment rien.
    
    Soudain intéressée par notre présence, elle se lève et s’avance vers nous en sautillant péniblement. Elle veut me caresser. L’Eurasienne me tient les épaules pour m’empêcher de fuir, et je suis obligée de laisser s’exprimer cette tendresse envahissante.
    
    — Dans un premier temps, j’envisageais de vous livrer en nourriture aux araignées géantes que j’élève sur cette base, dit Miss Ylang-Ylang. Elles ressemblent à des mygales, mais d’environ deux mètres de diamètre, et vous auraient dévorée avec appétit, lentement, membre après membre. Vous auriez disparu dans de grandes souffrances. Il faut voir la terreur de ceux que je fais jeter dans le vivarium : ils font tout pour se suicider avant, et je me fais un plaisir de les en empêcher. Cela aurait été un spectacle magnifique, et aussi une démonstration utile afin de dissuader les traîtres à mon organisation, le SMOG. Mais j’ai eu une meilleure idée. Puisque vous méprisez la beauté qui est mienne, vous aurez la laideur. Celle-ci, d’une manière symétrique, est ...
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