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Perdue dans les brouillards de l’automne
Datte: 26/10/2026, Catégories: #fantastique, Auteur: Calpurnia, Source: Revebebe
Souvent, pour combattre mon spleen automnal, je vagabonde dans les limbes urbains à la tombée de la nuit, malgré les protestations de ma mère qui m’assure que je cours un risque effroyable, là où une paisible citoyenne qui a terminé sa journée de labeur ne devrait pas se trouver, où vient s’échouer la lie de la métropole, toxicomanes à la recherche d’un nid pour consommer leur produit à l’abri des regards, clochards sans papiers, miséreux du bout du monde en quête de tout ce qui pourrait ressembler à un toit, prostituées accompagnées de leurs clients, adolescents en fugue, parfois une famille rom de passage… Les anciens bâtiments industriels aux façades couvertes de tags aux codes cryptiques y alignent leurs fenêtres brisées sur des cours envahies par une végétation sauvage. Il me plaît à rêver de l’époque où ces usines foisonnaient d’ouvriers travaillant à la chaîne, partageant un petit blanc, quelques rondelles de saucisson et de chaleur humaine à l’heure de la pause dans le bistrot dont il ne reste que ruine et poussière. Parfois, un chien hurle à la lune, un avion traverse le ciel en rugissant son indifférence, bien qu’il semble vouloir prendre toute la ville entre ses ailes, un murmure d’étourneaux salue les derniers feux du soleil. Dans l’azur sans nuages, le froid s’invite pour la soirée. J’accélère mon pas et remonte mon col. Mon lieu de prédilection : un terrain vague sur lequel pourrit, depuis de nombreuses années, une Mercédès 350 bleu-turquoise qui doit dater ...
... des années soixante-dix, épave d’un luxueux paquebot du bitume que possédait peut-être un riche PDG. Elle n’a échappé à la casse auto que pour finalement échouer dans cet improbable bas fond. Rongée par la rouille, maltraitée par les intempéries autant que par les apaches, elle a gardé la plupart de ses chromes, mais aucune de ses roues, rétroviseurs, phares… comme une vieille dame édentée au passé glorieux qui tient à rester digne malgré sa déchéance. Les portières crient un peu quand on les manipule, mais elles s’ouvrent encore. Je m’installe à l’arrière, sur la banquette au cuir par endroits lacéré, mais toujours confortable. Ceci est mon lieu favori de rêveries solitaires. Le silence y est merveilleux. Dans cet écrin de souvenirs anciens, les odeurs qui m’entourent m’appellent aux voyages imaginaires. Je peux rire et pleurer seule, à mon envie. Parfois, je m’y endors et passe ici ma nuit. Soudain, un sanglot m’éveille. Je m’aperçois qu’un homme est assis au volant. Sa silhouette est massive, ses cheveux sont roux. Il ne dit rien et c’est à peine s’il bouge ses épaules. Puis, après un soupir, il sort de sa poche un grand carré de tissu à carreaux écossais et se mouche. Même si je ne veux pas le déranger dans son chagrin, à cause de l’étroitesse du lieu que nous partageons, arrive le temps où il faut se décider à parler : — Ça ne va pas, Monsieur ? — Le commandant… il est mort ! — Le commandant ? — Oui, Bob, l’aventurier ! Miss Ylang-Ylang, vous savez, l’Eurasienne ...