1. Le Grand Hôtel


    Datte: 17/09/2026, Catégories: #poésie, #psychologie, #merveilleux, #initiation, Auteur: Sorel, Source: Revebebe

    ... chevilles, tandis que ses cheveux de blé mûr et de corneille frôlent en volant l’indécente rondeur de ses fesses. Son corps rayonne d’une blancheur d’éternité, illuminant la salle d’une clarté étrange.
    
    Le long de ses cuisses coulent des perles iridescentes qui se transforment en ruisseaux carmin lorsqu’elles effleurent le sol. Elle tourne, de plus en plus vite, épousant la cadence envoûtante des tambours. De plus en plus vite, de plus en plus floue. Avec elle tourne la neige qui se mêle à son corps.
    
    Elle devient semblable à des fragments irisés, à des particules opalescentes.
    
    Une source vénéneuse, une onde primordiale.
    
    Un trouble qui danse.
    
    La scène le fascine, annihile sa conscience.
    
    Il imagine une porte, à la fois petite et immense, qu’ouvre l’indécente beauté de cette silhouette nue. Il voudrait toucher cette vision, se glisser en elle, la prendre. Heureusement, frappé par la fulgurance d’un instinct, il détourne le regard et, dans un élan désespéré, se rue hors de l’hôtel.
    
    Il sort, ivre de frayeur. Dehors, la nuit d’automne pleure une neige carmin. Animé d’une fureur animale, il s’enfonce dans la ...
    ... couche épaisse, ses cuisses en feu sous l’effort, luttant contre les mains glacées qui saisissent ses jambes. Il ne sent pas le froid qui le mord.
    
    Quand il atteint l’orée de la forêt, il se retourne une dernière fois. Alors il voit. L’hôtel tout entier bat au rythme des tambours. Un corps vivant. Deux percussions pour chaque contraction, une pause, puis tout recommence, expulsant par ses fenêtres des flots de lumière qui viennent irriguer le cirque et les sommets. Les rayons pénètrent le sol, se divisent en mille rameaux, pulsent sous la peau des montagnes, les faisant vibrer de l’intérieur. Dans les ombres enneigées, tout luit faiblement, rehaussant les cimes et rétrécissant le ciel.
    
    Un rayon touche ses pieds, coule sous sa peau. Des particules de lumière roulent dans la chair de ses bras, au rythme effréné de son cœur.
    
    Au rythme de son cœur.
    
    L’hôtel, tel un organe de chair et de pierre, bat au rythme de son cœur.
    
    Un même sang, un même corps.
    
    Un même cœur.
    
    Il s’enfuit en hurlant, en courant presque. Qu’importe la neige, la nuit ou le froid.
    
    Il veut se cacher là où le monde n’est plus que ténèbres.
    
    * 
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