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Le Grand Hôtel
Datte: 17/09/2026, Catégories: #poésie, #psychologie, #merveilleux, #initiation, Auteur: Sorel, Source: Revebebe
Le ciel s’est refermé sur une blancheur de neige. Les longues traînées de glace, qui au matin voilaient l’aurore, ont lentement enlacé les sommets. Au début poussière, les flocons sont devenus plus épais, rappelant à ceux qui l’avaient oublié qu’à ces altitudes, novembre sait déjà les fleurs de l’hiver. Pol presse le pas, le long de la route oubliée qui traverse les gorges. Les parois de roche l’enserrent, immenses, répercutant tout autour de lui le grondement du torrent. Trois heures déjà que ses pieds battent la terre, sans relâche. Pourtant, il se sent l'oiseau, l’esprit léger, le corps qui vole. Le village s’efface loin derrière lui, les heures ont oublié la société, même le chant des cascades ne trouble pas son silence. Plus tôt, dans la forêt, il a croisé un cerf. Ils sont restés longtemps, le cerf et lui, à se regarder. Puis, lentement, le cerf s’est retourné et s’en est allé, sans un bruit. Au sol, les racines des pins ressemblaient à des serpents. Au sortir d’un tunnel, il remarque que la neige qui tombe se fait plus dense. Un voile blanc enlace le monde, tel un oubli, et referme les lointains. Les gorges font un coude, s’élèvent puis s’ouvrent sur une auge glaciaire que referme un cirque de hauts sommets. Partout, les montagnes lancent, altières, leurs parois de vertiges et de pierres. Sur l’ubac, côté ombre, les pentes sont couvertes de pins à crochets. Sur la soulane, niché en surplomb du village abandonné, apparaît enfin le Grand Hôtel. Il semble ...
... taillé dans la montagne, rigoureux, imposant et fier. Avec son toit en débord, il a l’allure folle d’un paquebot de granit, alliée à l’élégance courbe des ferronneries ou des petits bois des verrières. La jeune femme qui, hier, lui a conseillé de venir n’a pas menti. Le bâtiment, même abandonné, est magnifique. * Il était arrivé au village la veille, sur son chemin d’errance. Seul un bar était ouvert, les autres commerces étaient fermés, comme un hommage à la tristesse de novembre. À l’intérieur, il n’y avait aucun client. Derrière le comptoir, une jeune femme attendait que passent les heures, tranquillement. Il était entré, avait posé son sac, s’était assis et avait commandé un thé, d’une voix basse, comme pour ne pas rompre le silence. En montagne, même revêches, les vraies rencontres ne sont jamais insignifiantes. Après lui avoir apporté sa commande, la jeune femme était restée là, pour discuter. D’où venez-vous ? Où allez-vous ? Des questions comme un rituel. Les cheveux en désordre, les yeux clairs, elle était charmante. On aurait dit la fille d’une rivière – en elle passaient des ondes désarmantes. Pol la questionna avec économie sur le pays, son histoire, ses massifs et ses sommets. Il lui raconta un peu ses propres chemins de hasard, ses traverses sauvages, ses détours guidés par la ronde des instants. La jeune femme lui parla du Grand Hôtel délabré, insistant sur le fait qu’il fallait absolument le voir, là-haut, dans son cirque solitaire. Un trésor ...