-
Le Grand Hôtel
Datte: 17/09/2026, Catégories: #poésie, #psychologie, #merveilleux, #initiation, Auteur: Sorel, Source: Revebebe
... tendu, cambré, vibrant. Mais, tandis qu’il se laisse aller à ses idées d’homme, d’autres sensations naissent dans son propre corps. Les fesses de l’amant si fermes sous ses mains. L’envie de lui griffer le dos, d’enserrer son sexe avec le sien. De l’allonger pour venir sur lui, maîtresse du rythme, des cambrures et des élans. * * Troublé par ce qui naît en lui, Pol détourne son regard du miroir et retourne se cacher dans le couloir. Mais il ne part pas. Happé d’un sombre désir, tout son corps ressent. Les deux peaux tendues. Les reins qui se donnent au rythme des tambours. Les seins qui brillent, les ongles qui griffent, les mains qui saisissent. Le mouvement des hanches, comme des vagues : la chair gorgée de désir qui dévore, qui enserre, celle dressée et dure qui emplit et se répand. Puis viennent, comme une incantation, des gémissements. Un murmure, dans un premier temps. Un halètement qui grandit, qui se fait rauque, qui s’arrondit. Qui s’étend. Adossé au mur du couloir, Pol, ensorcelé par la magie sombre qui se déploie, entend les harmoniques des corps se fondre avec les tambours, en cadence. De plus en plus fort. Puis, soudain, tel un chant sacré, une plainte unique déchire le temps. Un cri long, tendu et fauve, né de l’incendie des ventres. C’est alors qu’il comprend. Ce cri ne vient pas des deux amants, il ne vient pas de la chambre. Il naît de sa propre bouche grande ouverte, il naît du plus profond de lui-même. De l’autre côté du mur, une femme ...
... et un homme se donnent. Ils sont passion et chair, réminiscence du peuple des ombres, et pourtant, c’est lui qui gémit. Quelque chose le relie à eux, quelque chose qui le terrifie. Quelque chose qui ne devrait pas exister. Pourtant, il les ressent. Comme s’ils étaient en lui. Comme si, d’une manière ou d’une autre, il était devenu eux. La panique le prend. Un effroi surgit des profondeurs des ténèbres. Il se sent prisonnier d’une volonté terrible, il oscille de vertige, en chute libre face à une vérité impossible. Le fracas des tambours l’obsède et l’oppresse. Il s’arrache au trouble venimeux et s’enfuit en courant. * * En bas de l’escalier, comme il se rue vers la porte, il jette un dernier regard vers la grande salle. Les lumières aux éclats de cristal se sont éteintes et l’orchestre, comme les danseurs, a disparu. L’hôtel est redevenu une ruine aux murs lépreux, à la verrière éventrée, un souvenir où ondule une sourde tristesse telle une brume étrange. Seul le rythme des tambours invisibles emplit le silence. Même si l’effroi en lui hurle qu’il faut s’enfuir, se sauver, s’éloigner sans attendre de ce lieu terrifiant, quelque chose le retient. Les bras ouverts comme un derviche, une silhouette presque floue danse. La tête rejetée en arrière, elle tourne parmi les fleurs aussi pâles que sa peau nue. Elle offre son visage, ainsi que sa poitrine, au mauve de la neige tombant, tels des pétales de soie, à travers la verrière. Les fleurs s’enroulent sur ses ...