1. Le Grand Hôtel


    Datte: 17/09/2026, Catégories: #poésie, #psychologie, #merveilleux, #initiation, Auteur: Sorel, Source: Revebebe

    ... d’art nouveau, vestige d’une époque où l’on inventait l’idée même de montagne, avant.
    
    Il lisait dans son regard un éclat passionné. Une lueur d’attirance, aussi, peut-être ? De désir ? Pourtant, si ses yeux semblaient le goûter, elle maintenait entre eux une certaine distance.
    
    *
    
    Et le voilà donc, dans ce cirque isolé, coupé du monde par la neige qui tombe. Devant lui se dresse le bâtiment abandonné, vaisseau de pierre qui se souvient encore des années élégantes.
    
    Il entre.
    
    À l’intérieur, derrière les verrières au décor floral de l’entrée, tout sait le prix des années. Pourtant, le vieux bâtiment reste empreint de dignité, malgré les gravats, les tentures tombées, les murs décrépits aux décors patinés. À gauche, après l’ancienne réception, s’ouvre la grande salle de bal, merveille d’art nouveau. Le bar en acajou semble presque intact, comme si l’oubli l’avait épargné. Levant les yeux, il découvre l’ancienne verrière, écroulée en son centre. Par le trou ainsi créé, de la neige tombe au sol, sur des fleurs sauvages, mauves et délicates, que Pol ne sait pas reconnaître.
    
    Au temps suspendu, un décor comme un rêve. La nuit à venir sera un voyage, assurément.
    
    Comme son corps se refroidit après l’effort, Pol retourne à la réception, où il a posé son sac, pour se changer.
    
    *
    
    *
    
    Au soir tombé, après qu’il a fini de dîner, Pol se glisse dans son sac de couchage et se laisse aller à une rêverie éveillée.
    
    Dans son imagination, la grande salle s’illumine de ...
    ... mille joyaux dans le lustre d’une splendeur retrouvée. Il voit arriver les clients oubliés, descendant avec grâce l’escalier monumental dans d’admirables toilettes. Dans les costumes et les robes du soir, tout l’art d’être des années folles ressurgit du passé. Un orchestre fantomatique entame quelques notes et tous ces corps à l’élégance immortelle se mettent à danser, à danser. Avec eux tourne ce qui ne peut s’oublier tandis que, sur l’épaule nue des femmes ou les cheveux des hommes, la neige continue de tomber.
    
    Une voix chante.
    
    Sur un canapé de velours rouge, assise parmi les ombres suspendues, une femme écoute. Elle porte sur ses épaules un boléro en cascades de dentelle, ses bras sont gantés de noirs. Sa robe, en Georgette de soie et mousseline brodée de perles, délicieusement décolletée, épouse avec grâce sa silhouette insolente.
    
    Comme elle se sait observée, elle écrase sa cigarette d’un geste désinvolte, se lève et lisse sa robe avant de sortir de la salle. Pol la voit monter le grand escalier avec un déhanchement envoûtant.
    
    Est-ce une invitation que lui offre son imagination ? Il sort de son sac de couchage et monte explorer le premier étage. Un long couloir s’y ouvre, jonché de débris et de poussières.
    
    Il imagine la femme au boléro ôter ses chaussures, dans le clair obscur d’une applique murale. Comme elle relève derrière elle sa jambe gauche, penchant la tête sur la boucle de sa Salomé, elle lui jette un regard, esquisse un sourire, dénude son pied et ...
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