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Le Grand Hôtel
Datte: 17/09/2026, Catégories: #poésie, #psychologie, #merveilleux, #initiation, Auteur: Sorel, Source: Revebebe
... entre dans une chambre. Pol avance dans le couloir et entre à son tour. La pièce est vide. Sur les murs lépreux l’humidité a tombé les plâtres et dessiné des fleurs de moisissure. Seule, dans un coin, une psyché semble défier l’oubli. Comment est-elle arrivée là ? Comment a-t-elle pu résister aux outrages du temps ? Cette présence incongrue le laisse interdit et curieux à la fois. Il s’approche du miroir couvert de poussière, qu’il essuie d’un geste de la main. Il veut en admirer l’éclat. Dans la ligne argentée ainsi nettoyée apparaît quelque chose d’impossible : le reflet de la chambre telle qu’elle devait être dans les années 20, dans son décor de tissus et de bois, aux entrelacs de courbes, de contre-courbes et d’arabesques sinueuses. Ce qu’il voit n’est pas un jeu de son imagination, mais parfaitement réel. Dans cet hôtel abandonné depuis des années, où partout le temps et l’oubli ont fait leur ouvrage, une psyché miraculeusement intacte montre la splendeur de ce qui a été. Interdit, Pol essuie le reste du miroir et y voit le reflet d’une femme et d’un homme, enlacés. Il y reconnaît la femme au boléro noir. Sa main gauche repose sur le torse nu de l’homme tandis qu’elle se hisse sur la pointe des pieds, la tête rejetée en arrière. Sa main droite effleure la nuque de son amant, d’un geste léger, mais chargé de désir, une invitation à se rapprocher d’elle. La main de l’homme suit la cuisse de la femme, s’élevant en caresse jusqu’à la hanche, faisant ...
... remonter la jupe, laissant apercevoir l’arrondi parfait de ses fesses. Dans la l’impatience de leurs bouches, dans la ferveur de leurs langues, ils s’embrassent avec passion. La femme accentue sa cambrure, pressant son ventre contre celui de l’homme, comme pour lui offrir son abandon, ou peut être sa présence. En Pol, une voix hurle, qui dit non ! Qui dit comment ? Il sort de la chambre et se plaque le long du mur, haletant. Hypnotisé par ce baiser brûlant, il n’entend pas les tambours qui, d’en bas, résonnent dans le silence. Deux coups, un blanc, puis deux coups à nouveau, lentement. Ce qu’il a vu le fascine et l’épouvante. Qui sont ces deux amants ? Un écho ? Un souvenir, une illusion ? Qu’importe, ce que révèle la psyché l’aimante. Alors, il passe à nouveau la tête par la porte. * * Le couple est toujours là, dans le miroir de la psyché. De leurs mains fébriles, ils ont achevé de se déshabiller, comme si, à cet instant, seule la fièvre de leurs corps impatients avait un sens. La femme, allongée sur le lit, invite son partenaire de toute son indécence. Les muscles de l’homme roulent dans son dos quand il se glisse entre les cuisses ouvertes. Elle, de ses mains avides, saisit les fesses de son amant. Pol regarde, dans le miroir, leur étreinte brûlante. Même si la chambre est vide, leurs amours si terrestres emplissent sa conscience, jusqu’à déborder dans sa propre chair. Il imagine – ou est-ce qu’il devine ? – le corps de cette femme sous le sien, ...