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Fragment autobiographique
Datte: 19/08/2026, Catégories: #nostalgie, fh, jeunes, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe
... mon temps dans ma chambre que j’ai repeinte en noir et j’écoute du blues, encore du blues, toujours du blues. Après l’automne le plus morne de ma courte vie, on s’enfonce dans l’hiver et j’ai l’impression que je vis toujours la même journée. Je n’ai aucun projet à part celui de partir en stop sur les routes, mais je ne pars pas. Un soir, dans un bar, je rejoins quelques connaissances. C’est l’anniversaire de je ne sais plus qui et je ne sais pas pourquoi je suis là, à part pour boire quelques bières à l’œil. Il y a beaucoup de monde qui va et qui vient, des rires et du bruit et je suis au milieu de la foule comme un écueil dans la baie des trépassés, immobile et silencieux. Soudain, Sophie est là, devant moi. C’est comme une apparition, comme si elle avait attendu le moment propice, celui où le désespoir est si profond qu’on songe à une solution définitive. Je ne l’ai pas vue entrer et pourtant, elle est là et elle me sourit. — Salut, dit-elle en sortant le livre de Kérouac de son grand sac en macramé. Tu devais venir chercher ça et tu n’es jamais venu. Je grommelle quelques syllabes sans aucun sens. J’essaye de sourire, mais je ne sais plus faire. — On me dit que tu existes toujours, mais que tu ressembles de plus en plus à un fantôme et moi, je ne te croise jamais. Tu n’as plus de crête. Quelques syllabes de plus, mais toujours pas de propos articulé. Le tourbillon dans ma tête dit qu’il ne faut pas qu’elle reparte, mais je ne sais pas quoi dire ou ...
... faire. — C’est bientôt le printemps, tu sais, et si tu veux toujours partir, je crois que c’est le moment. Si tu voulais, on pourrait partir ensemble. J’aimerais bien changer d’air, je me fatigue à penser tout le temps à un fantôme. Alors je me décide. Je la prends par la main et nous sortons dans l’air glacé. Quelques pas et nous sommes au bord du fleuve. Les lumières de la ville dansent sur l’eau noire. Sa main est chaude dans la mienne. — Pourquoi tu t’intéresses à moi ? je demande. Tu ne me connais pas et si tu insistes, je vais te décevoir. — C’est ce que tu penses, mais tu te trompes. Tu vaux beaucoup plus que ça. Tu es rare et précieux. Nous avons passé une soirée ensemble et j’ai rencontré un homme intelligent, cultivé et respectueux, un homme qui doute. C’est cela qui est rare et précieux. Alors comme je ne veux pas perdre mon temps dans des relations plus ou moins satisfaisantes, j’ai décidé que ce serait toi ou rien. Tu veux me laisser seule et insatisfaite ? — Tu… Je… Et merde, Sophie ! Je ne sais plus rien. — Tu n’as même pas envie de m’embrasser ? — Si, oh si, mais… — Laisse tomber les « mais » pour une fois. Et elle m’embrasse ou je l’embrasse, je ne sais plus. Ce n’est pas mon premier baiser, mais c’est le premier où je n’ai pas l’impression de jouer un rôle dans une mauvaise comédie. C’est bon, tellement bon qu’on recommence et recommence encore. Sophie finit par me dire qu’elle meurt de froid et me demande si je veux venir chez elle pour qu’on fasse ...