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Fragment autobiographique
Datte: 19/08/2026, Catégories: #nostalgie, fh, jeunes, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe
Cette année-là, je suis punk. J’ai dix-neuf ans et la rage me consume. J’ai une crête iroquoise, des épingles à nourrice dans les oreilles, des lames de rasoir sur un blouson de cuir, mais j’ai surtout l’âme punk. Le monde est si laid que nous ne pourrons jamais y vivre. Nous n’avons pas de futur. Comme Nizan, nous ne laissons personne dire que vingt ans est le plus bel âge de la vie. Cette année-là, je fréquente des maoïstes qui me traitent de petit bourgeois, mais je passe surtout mon temps dans ma chambre à écouter les Stooges, les Damned et les Ramones. Je devrais étudier, mais j’étudie très peu. Je ne crois pas que cela serve à quelque chose de faire des études. Les maoïstes disent qu’il vaut mieux devenir ouvrier, mais je ne veux pas travailler du tout. Je n’ai pas de futur. L’été arrive et je suis aussi anti-nucléaire. Je troque mon cuir pour une chemise de bûcheron et je pars pour la manif nationale à Malville fin juillet dans la vieille 4L de mon pote Christian. Je suis à l’arrière, car il y a aussi sa blonde amie. Il pleut et les essuie-glaces ne marchent pas. Il pleut et quand nous arrivons sur place, la zone est envahie par les fumigènes et le brouillard. Nous gravissons une colline que d’autres ont gravie avant nous. Nous les croisons qui redescendent comme des fantômes dans le brouillard. Ils ont le visage défait des vaincus. Il paraît qu’il y a des morts. Je ramasse un bon piquet de clôture. Je veux me battre. De ma vie, je ne me suis jamais battu, mais ...
... ce jour-là, je suis là pour ça, prêt à aller enfin au combat. J’intègre un petit groupe de militants motivés, certains ont des pierres dans leur sacoche. Nous nous enfonçons dans les bois, suivons un étroit sentier entre des buissons trempés de pluie. Nous allons les prendre à revers, dit quelqu’un qui a l’air de savoir quelque chose. Je n’ai pas peur, mais je tremble un peu. Je me surveille. Ce n’est que dans l’action qu’on sait vraiment sa valeur. J’ai lu Sartre. Nous débouchons dans une vaste clairière. Un flic, un seul, est posté là pour garder ce chemin. Il panique en nous voyant, malgré son grand bouclier. Nous restons un instant sur place, personne ne se décidant à se lancer à l’assaut le premier. Le flic balance une grenade et s’enfuit en courant. La grenade explose à quelques mètres de moi et je me retrouve sourd et hébété. Quand je reprends mes esprits, une escouade d’agents arrive en courant comme une harde de sangliers. Une pluie de grenades s’abat sur la clairière. Mes camarades fuient dans toutes les directions et j’en fais autant. Quand nous retrouvons le gros des troupes sur la colline, des mégaphones annoncent le repli et la fin de la manifestation. Je retrouve Christian et nous prenons le chemin du retour. Sous la pluie, sans chauffage, la route est longue. Arrivés à Lyon, il dépose sa petite amie à la gare et nous cherchons un endroit pour passer la nuit. Christian a abandonné sa chambre universitaire fin juin et je n’ai aucune envie de rejoindre la ...