1. Fragment autobiographique


    Datte: 19/08/2026, Catégories: #nostalgie, fh, jeunes, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe

    ... maison familiale en banlieue. Il me parle d’une copine du lycée qui travaille pendant l’été et a une chambre dans le centre-ville. Je crois que je n’ai pas dit trois mots depuis que nous sommes montés dans la 4L. L’échec de la manifestation est un échec personnel. Si je pouvais rejoindre Action Directe à cet instant, je le ferais. La chambre de Sophie, la fameuse copine, est au sixième étage sans ascenseur d’un immeuble haussmannien. Nous frappons et une jeune femme en pyjama nous ouvre la porte. Je suis Christian à l’intérieur, toujours silencieux. Je crois que cette fille est vraiment jolie, mais je n’ose pas la regarder. La pièce est minuscule et on se tient un moment tous les trois debout entre le lit qui n’a qu’une place et l’évier à côté duquel il y a une plaque électrique avec une bouilloire dessus. Pendant que Christian raconte nos aventures, je remarque qu’une petite flaque se forme autour de nos pieds.
    
    Sophie prend la mesure de la situation et nous demande de laisser nos chaussures et nos imperméables sur le palier. Elle fait chauffer de l’eau et nous propose de nous asseoir sur le bord du lit, elle-même s’installant sur la seule chaise de la pièce, posée devant un petit bureau rempli de livres et de papiers. Puis soudain, alors que j’essaie de lire le titre d’un livre posé à l’envers sur sa table, Sophie pousse un cri.
    
    — Mais tu es blessé ! s’exclame-t-elle en me regardant.
    
    Et effectivement, je me rends compte que ma main continue de saigner depuis ...
    ... l’explosion de la première grenade. Chaque fois que je crois que c’est terminé, j’oublie ma main et l’hémorragie reprend. Au début, j’avais entouré la blessure avec un mouchoir, mais je l’ai ensuite perdu dans la voiture de Christian.
    
    — Oh, je suis désolé ! dis-je d’une voix de petit garçon que je n’aime pas.
    
    Il y a une tache de sang sur sa descente de lit. Je lève le bras pour que les gouttes ne tombent plus, mais cela n’a aucun effet. Sophie se lève et revient de son coin toilette avec un rouleau de papier hygiénique.
    
    — Fais-moi voir cette main, dit-elle d’une voix calme, sûre d’elle, amicale, au timbre parfait.
    
    Je suis sous le charme de cette voix et je donne ma main. Je n’en reviens pas d’être aussi docile. Je suis tout sauf docile, habituellement. Mais cette Sophie n’a pas l’air de voir que je suis punk. Ou alors elle s’en moque complètement. Elle regarde ma main avec attention, la manipulant doucement. Les siennes sont chaudes et j’ai presque envie de hurler tant son contact est agréable. Mais je ne dis rien. Je suis docile et c’est déjà beaucoup pour moi.
    
    Sophie constate qu’il y a des éclats de grenade fichés dans mes doigts et ma paume, à plusieurs endroits, de minces échardes de métal. Heureusement, il n’y en a qu’à cet endroit. Quand la grenade est arrivée sur moi, j’ai tourné la tête et tendu la main en avant pour me protéger. Quel réflexe ! Avec une pince à épiler, la jeune femme extrait les éclats les uns après les autres. Christian semble s’être endormi ...
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