1. Fragment autobiographique


    Datte: 19/08/2026, Catégories: #nostalgie, fh, jeunes, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe

    ... journée, je l’écoute sans ricaner ni sauter en l’air comme je fais d’habitude. J’ai même oublié la petite Sophie qui me tient toujours par la main. Quand je tourne la tête vers elle, je me rends compte qu’elle me regarde et qu’elle me sourit, peut-être pour me dire qu’elle voit que la musique me plaît, peut-être parce que c’est moi qui lui plais.
    
    Justement, la chanson parle d’une fille formidable, d’une fille qui peut changer la vie d’un homme. La chanson dit que Dieu a eu pitié des hommes et qu’il a trouvé quelques femmes pour rendre la vie supportable. Quand la chanson finit, je tourne à nouveau la tête vers Sophie. Elle me regarde toujours avec ses yeux brillants. Elle a rangé ses lunettes dans son sac. Elle est carrément belle. Une nouvelle chanson démarre. Le rythme est le même, les accords sont les mêmes et pourtant, je sens tout de suite que c’est une chanson plus sombre. Elle parle d’un type qui voyage en train, inlassablement parce qu’il cherche une fille qu’il a perdue. Il s’est mis à boire, alors elle est partie. Maintenant, il la cherche parce qu’il ne peut pas vivre sans elle.
    
    Cette fois, au milieu de la chanson, le vieux s’arrête de chanter et trouve moyen de se fourrer un harmonica dans la bouche. Toujours, la grosse caisse, la guitare, et maintenant l’harmonica qui dit les longs voyages en train aussi bien que des mots, qui dit l’amour perdu aussi bien que la voix humaine. Quand le morceau finit, je fais comme les autres, je frappe dans mes mains pour ...
    ... applaudir. Et je hurle de douleur, secoue ma main blessée comme si cela servait à quelque chose. Pour me consoler, Sophie me fait une bise sur la joue.
    
    La chanson suivante parle de voyage. Elle dit que le monde est immense et qu’on n’est pas obligé de rester vivre là où on est né. Elle dit que certainement quelque part, on peut trouver sa place. C’est une chanson qui me parle parce que depuis l’hiver, depuis que j’ai lu Kerouac, j’ai envie de partir en stop loin, très loin pour ne jamais revenir. Pendant le morceau, le bluesman se permet cette fois une fantaisie. Il démarre un solo sur sa guitare et c’est magnifique. Les punks que je vais voir sont nuls comme musiciens et c’est ce qui nous plaît. On en a marre des solos à la Clapton qui durent des heures et qui n’ont pas de sens. Nous, on préfère les morceaux des Ramones qui durent une minute quarante-deux. Mais le solo de ce soir n’est pas très long et il est splendide, comme une perle, comme un cadeau que le vieux nous offre.
    
    Je ne vous ai pas dit le nom de ce musicien. C’est que, malheureusement, je ne le connais pas. Sur le moment, cela me semble sans importance. Quand je comprends que cela en a pour moi, je demande à Sophie, mais elle ne s’en souvient pas et toutes mes recherches ultérieures sur internet ne donnent rien. Ce type est un génie et après cette soirée qui a changé ma vie, je n’ai plus jamais entendu parler de lui.
    
    Quand le concert est fini, on sort en silence dans la nuit citadine. On court un peu pour ...
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