1. Jade, ou les Nuits de Sel et de Galets


    Datte: 07/08/2026, Catégories: #poésie, #réflexion, #psychologie, #érotisme, #fantastique, #romantisme, #volupté, #rupture, #confession, Auteur: majaas, Source: Revebebe

    ... reste, et me glisse contre elle. Elle ouvre les cuisses, me prend avec ses mains, me guide sans théâtre. Je la pénètre lentement, comme on entre dans une pièce qui sent le jasmin et le sel.
    
    Le bateau roule à la vitesse d’une bête apprivoisée. Nous suivons ce rythme, sans phrases, sans ruse. Ses ongles me retiennent, mes doigts la tiennent, nos souffles se calquent, se loupent, se retrouvent. J’oublie le monde, et miracle, il oublie de s’effondrer. Elle jouit d’un corps entier, silencieux, exact. Je la rejoins, profond, ancré, sans motif à donner.
    
    Nous restons serrés, dos à la mer, le roulis comme un point-virgule qui n’en finit pas. Elle se dégage doucement, se lève sans me regarder, monte sur le pont. Je la suis.
    
    Là-haut, la nuit s’est posée partout. Jade se tient debout, nue, face à l’eau. Le vent lui caresse les cheveux, la lune lui dessine un bord.
    
    — Dis-moi à quoi je ressemble, murmure-t-elle.
    
    Je m’approche, je pourrais répondre. Elle me coupe en haussant la main.
    
    — Non. Garde les mots.
    
    Je m’approche encore, la prends dans mes bras.
    
    — Merci de m’avoir rêvée si bien, murmure-t-elle.
    
    Je sens son cœur battre, la chaleur de sa peau, son parfum. Je ferme les yeux pour retenir ça, une seconde, une seule. La sensation disparaît.
    
    Elle n’est plus là.
    
    Je me retourne : elle descend ...
    ... par l’échelle arrière, tranquille. Pas un geste de trop. Juste cette façon de quitter le pont comme on se rhabille après l’amour.
    
    Je me précipite, me penche. L’eau avale son visage tout de suite, comme si rien n’avait traversé. J’attends le remous, le signe, l’idée de miracle. Il n’y a que la mer, égale, noire, propre à sa loi.
    
    Je reste un moment sans bouger, nu sous la nuit, la peau fraîche d’avoir rêvé. Un goéland miaule quelque part, indifférent et profond. Je redescends, me rhabille et prends ma veste. Je quitte la goélette, marche jusque chez moi, sans compter les pas, sans inventer d’histoire pour les remplir.
    
    L’appartement m’attend avec la patience des objets. Je m’assois. Le carnet est là. Je l’ouvre à la dernière page, blanche comme une plage balayée par la tempête.
    
    J’écris :
    
    Je repose le stylo. Le silence ne réclame rien. Je referme le carnet, je me lève, j’éteins.
    
    Au moment où la pièce bascule dans le noir, il me semble entendre un froissement léger, le bruit qu’une page fait quand elle se retourne seule pour regarder. Je tends l’oreille. Rien. Ou presque.
    
    Sur la rambarde du balcon, un éclat turquoise glisse puis disparaît. Trop furtif pour être réel. Trop précis pour être inventé.
    
    Je laisse la mer faire son métier.
    
    On ne retient pas la mer.
    
    On peut écrire les vagues. 
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