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Jade, ou les Nuits de Sel et de Galets
Datte: 07/08/2026, Catégories: #poésie, #réflexion, #psychologie, #érotisme, #fantastique, #romantisme, #volupté, #rupture, #confession, Auteur: majaas, Source: Revebebe
... gorge. Le corps prend, rend, prend encore. Elle tremble, se défait, retombe, haletante. Ses paupières se ferment aussitôt, sans transition, comme si quelqu’un avait refermé un livre. Je reste à la regarder. Sur sa peau, mes mots brillent encore un peu, puis pâlissent. J’hésite à y croire. Je n’ai jamais eu de talisman, seulement des phrases. Me voilà devin par encre feutre. Je lui remonte le drap sur les hanches. Elle dort pour de vrai, respiration égalisée, bouche entrouverte. Je retourne le stylo dans ma paume. La magie a la simplicité nerveuse d’un objet de papeterie. Je note dans le carnet : « Si je cesse d’écrire, rêve-t-elle quand même ? » Le trait tremble à peine. Ma main, pas le monde. Le soir, elle veut sortir. Place presque vide, pavés tièdes. On s’assoit à une terrasse que j’évite d’ordinaire. La serveuse arrive avec deux Banyuls sans qu’on ait commandé. — Salut, Jade. Ça faisait longtemps. — Je me cachais, répond-elle. — T’as pas besoin. Tu nous manques. Je lève les yeux, mal éduqué par la surprise. — Vous vous connaissez ? — Oui, il me semble, dit la serveuse avec un sourire en biais, puis elle s’éloigne. Le verre est moite dans ma main. Jade croque une olive, la langue suit le sel. — Tu la connais ? — Pas vraiment. — Et moi, je suis censé la connaître aussi ? — Peut-être. Tu oublies ce que tu refuses d’écrire. Elle se penche. Son décolleté attrape un halo de lumière. — Tu sais ce que c’est, un double ? — En littérature ...
... ou en psychanalyse ? — Les deux. — Un miroir qui renvoie ce qu’on cache. — Voilà. Elle boit une gorgée, essuie d’une pulpe la goutte sur sa lèvre. — Je suis peut-être ton double, dit-elle. Ou la preuve que tu désires quelque chose qui te dépasse. Le tintement des couverts, un enfant qui boude plus loin, le clapot discret. Moi, planté dans cette phrase comme un papillon sous verre. — Et si tu n’écrivais plus, qu’est-ce qui resterait de moi ? ajoute-t-elle. — Tu ne poserais plus d’ombre. Elle sourit, neutre, presque tendre. — Alors, écris mieux. Ou écris moins. Mais ne mens pas à la page. Je hoche la tête, pas convaincu, pas tranquille. Le vin a le goût d’une vérité qui pique. Chez moi, la lampe basse découpe la chambre. Le carnet est ouvert, stylo posé en travers comme une barrière. — Tu n’écris pas ? — Pas ce soir. — Pourquoi ? — J’ai plus envie. Elle ne soupire pas. Elle s’assoit au bord du lit, pieds nus sur le parquet. Ses orteils me frôlent. — Alors, je vais m’endormir. — Tu me fais du chantage ? — J’applique la règle. Je serre les dents. Je veux exister sans phrases. — Et si j’arrêtais pour de bon ? — Je disparaîtrais. Je ne suis pas en stock, je suis en flux. Elle me tend le stylo. — Essaie une ligne. Et regarde. Je résiste, puis cède, par peur de la perdre… ou de me perdre, moi. J’écris trop vite, presque dans le noir, deux mots qui me dépassent et me trahissent : Elle lit et acquiesce, sans reproche. — À ...