1. Jade, ou les Nuits de Sel et de Galets


    Datte: 07/08/2026, Catégories: #poésie, #réflexion, #psychologie, #érotisme, #fantastique, #romantisme, #volupté, #rupture, #confession, Auteur: majaas, Source: Revebebe

    ... souffle, lèvres.
    
    — Ouvre les yeux, dis-je.
    
    Ils me prennent de face, noisette sombre, mouillés.
    
    — Maintenant, jouis.
    
    Son corps se tend. Un spasme passe, puis un autre. Elle pousse un son bref, mord son poignet, tremble contre moi. Je tiens, je traverse avec elle, je cède.
    
    Nous restons là, immobiles, entre deux vagues. Sa nuque retombe. Je me dégage, m’assieds à côté. Elle remet la robe d’un geste. Ses cuisses brillent, grain de sel sur la peau.
    
    Elle me regarde, encore essoufflée, amusée.
    
    — Tu m’as bien écrite.
    
    On remonte sans parler. La nuit nous suit.
    
    Je me réveille seul.
    
    Le drap sent la sueur tiède. Mes lèvres ont ce goût de fin de baignade. Entre mes genoux, de la poussière de galets coincée comme des preuves absurdes. Pas du sable. Des galets.
    
    Je me redresse. La chambre est calme, midi en retrait. Sur la rambarde du balcon, une empreinte de pied nu, nette, presque insolente. Trop parfaite pour être la mienne.
    
    La tache turquoise n’a pas bougé. Plus vraiment une tache : une goélette qui prend le soleil sans hâte.
    
    Le carnet est ouvert sur la table basse. Je ne me souviens pas l’avoir touché. Une seule ligne au centre de la page, fine, bleue :
    
    Je passe le pouce dessus. L’encre ne bave pas. Ça a eu le temps de sécher.
    
    Je vais à la fenêtre. L’air apporte la rumeur du port, verre contre verre, cordage qui cogne. Sur le bois de la rambarde, un grain de vernis s’est détaché sous une main récente. La sienne, probablement. Je respire ...
    ... plus court qu’il ne faudrait.
    
    Je referme le carnet, puis le rouvre aussitôt, ridicule réflexe. Rien d’autre n’a bougé.
    
    La goélette, là-bas, attend. Moi aussi, sans l’admettre.
    
    *
    
    Je suis dans la cuisine à regarder un grille-pain comme s’il allait me dicter une métaphore. Elle entre sans frapper. Robe lavande, cheveux en bataille, odeur de jasmin salé. Elle prend une tasse, se sert, s’assoit sur le plan de travail, jambes croisées, équilibre insolent.
    
    — Tu sais que t’es entrée chez moi sans sonner ?
    — Tu voulais que je vienne. C’est pareil.
    
    Son pied frôle mon genou. Ma colonne réagit comme un instrument accordé.
    
    — On fait quoi, maintenant ?
    — Tu écris, dit-elle. Moi, j’agis.
    
    Elle me tend un stylo. Elle s’allonge nue sur mes draps, sur le ventre, bras sous la joue, cambrure calme.
    
    — Retiens : si tu t’arrêtes, je cesse d’exister.
    
    Je m’assieds au bord du lit. La mine glisse entre ses omoplates. L’encre est tiède.
    
    Un frisson remonte son dos. Son souffle se règle.
    
    Je dessine à la lisière de sa fesse.
    
    Elle s’exécute, genou plié, poitrine offerte, regard mi-clos. Je tiens ma distance, je veux la conduire au bord avec des verbes, pas des nuages. Je trace près de sa côte, si près que ma main chauffe.
    
    Son ventre ondule d’un rien. Mes doigts suivent les mots, ma bouche la ponctuation.
    
    — Continue, dit-elle.
    
    Je baisse la pointe, juste au-dessus du triangle de peau.
    
    Ses ongles creusent le drap, sa nuque se cambre, un cri retenu casse dans sa ...
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