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Jade, ou les Nuits de Sel et de Galets
Datte: 07/08/2026, Catégories: #poésie, #réflexion, #psychologie, #érotisme, #fantastique, #romantisme, #volupté, #rupture, #confession, Auteur: majaas, Source: Revebebe
... tes ordres, L’artiste. Elle s’habille lentement, comme on referme un rideau pour ne froisser personne, puis s’en va, porte qui se tire en silence. Reste le vent qui passe dans la pièce, et l’espace exact qu’elle occupait, évidé. Le carnet est ouvert sur cette ligne mince, bleue. Je pose la main dessus comme sur une blessure qu’on reconnaît trop tard. Je l’ai attendue toute la nuit. À l’aube, j’ai tenté la méthode lâche : écrire pour la forcer à revenir. Une terrasse à l’ombre, la robe bleue, ses doigts sur mon poignet. Rien. La page reste sage. Je me fais un café. À mon retour, le carnet que j’avais laissé ouvert n’est plus exactement le même. Une phrase s’y est posée, fine, nette, inconnue de ma main : Je souris pour démentir. La phrase suivante arrive, aussitôt : Je ferme le carnet d’un coup sec. Je vais jusqu’à la fenêtre. Je reviens méfiant, l’ouvre du bout des doigts. Une ligne : Mes épaules se crispent. J’attends, idiot, comme on attend la pluie. Elle vient : Je retire la main avant qu’elle n’y pense. Rien n’empêche la phrase : Je me sens ridicule et nu tout à coup. Je cherche une parade. Une idée simple : je prends un stylo, je note en travers, comme pour couper le courant. L’encre sèche. Le carnet répond tout de suite, en dessous : Silence. On dirait qu’on vient de me retirer une chaise sous les fesses. Au large, le turquoise s’épaissit d’un rien, comme si le monde approuvait. Je tente encore : Le blanc dure une seconde de plus. ...
... Puis : Je ferme le carnet, doucement cette fois, et je le glisse dans un tiroir comme on enferme un animal qu’on ne comprend pas. Je me promets de ne plus l’ouvrir. Je tiens exactement le temps d’un verre d’eau. Quand je le reprends, je trouve une dernière ligne, écrite penchée, presque italique : Je répète la phrase à voix basse, pour vérifier sa consistance. Elle ne casse pas. Je la sens dans la bouche comme un fruit pas mûr. Je pose le stylo, le cœur étonnamment calme. Je n’ai plus besoin de prouver. Ce n’est plus moi qui conduis. Je referme. Le monde, bizarrement, tient encore debout. Le soir tombe sans forcer. Sur le balcon, la lumière s’effiloche comme une robe qu’on laisse glisser. Je ne l’attends plus. Sur la table, pourtant, une page patiente. Je ne l’ai pas vu venir. Deux phrases, pas plus : Je sens le piège mais accepte. Je prends une veste. Dans la rue, Collioure s’est ralentie, pavés tièdes, volets à demi. Dans la baie, la goélette turquoise a quitté son mirage pour la proximité. Elle respire juste assez pour que je me sente vivant. Je monte à bord comme si j’y avais toujours eu droit. Teck froid sous les pieds, odeur de sel et de vernis. La cabine est ouverte. Elle est nue. Étendue sur un matelas blanc, sans décor, sans littérature. Sa peau a gardé le jour. Ses cheveux coulent autour de son visage comme une encre qu’on n’essuie plus. — Pas un mot, dit-elle. Sa voix ne commande pas ; elle règle. Je retire ma veste, ma chemise, le ...