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Camp-climat
Datte: 29/07/2026, Catégories: Humour #nonérotique, #aventure, hplusag, campagne, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe
... descends à travers le pré. La rivière est un enchantement. Elle gargouille entre des pierres couvertes de mousses. Des saules trempent nonchalamment leurs feuilles dans l’eau claire. Je m’assois sur une pierre et je cherche les truites des yeux. Je n’entends plus rien de l’agitation de la ferme et je commence à me détendre. Je n’entends même pas marcher derrière moi et je sursaute quand la petite rousse du camp s’assied sur une pierre proche de la mienne. — Salut, dit-elle et elle se tait. — Salut, je réponds et je me tais. Nous nous regardons dans le bruit de la rivière. Je ne veux pas comprendre pourquoi elle est là mais je ne peux me résoudre à ne pas profiter du spectacle de sa jeunesse et de sa beauté alors je la regarde avec avidité, comme un loup devant un agneau. J’ai honte mais je m’en fous. — Nous n’avons pas eu le temps de beaucoup parler, au camp. Je m’appelle Lucie mais je n’aime pas trop mon prénom. Ça fait un peu gentillet, Lucie, non ? Je ne réponds pas, je la regarde, je sais que cela ne va pas durer très longtemps parce que tout ce que j’ai eu de bien dans l’existence a fini par disparaître, le plus souvent par ma faute. Petit, je cassais mes jouets et ensuite, j’ai toujours fait fuir les femmes qui se sont approchées trop près. — J’ai encore une semaine de vacances et je me disais que j’aimerais bien descendre un peu me balader dans le Sud, dit-elle. Quand elle parle, on voit ses incisives et parfois une petite langue rose et ...
... pointue. — Je me demandais si tu accepterais de m’héberger quelques jours, continue-t-elle en parlant fort pour couvrir le bruit de la rivière. Je sais ce qui va se passer maintenant et je sens trembler ma main posée sur mon genou. Je vois la suite des évènements avec des images si précises que c’est comme si tout cela était déjà arrivé. Je la vois nue, allongée sur mon lit, ses seins qui défient la pesanteur et son rire qui me parcourt l’échine comme la clochette d’une fée. Je nous vois marcher main dans la main sur les crêtes de mes montagnes à la recherche des derniers chamois que les chasseurs ont épargnés. Je vois le brouillard de novembre envahir ma vallée et je vois l’ennui sur son visage pendant les longues soirées d’hiver. Je vois les jeunes du village lui sourire lors des apéros-citoyens et je vois la stupide jalousie que je n’arriverais pas à lui cacher. Je la vois enfin monter dans le car à la sortie du village avant de disparaître de ma vie, laissant derrière elle un champ de ruines. Alors je dis non. — Non, Lucie. Désolé mais je ne pourrais pas t’accueillir chez moi. J’ai un chien misogyne, tu comprends. Et puis je vais avoir besoin d’être seul. Je n’ai pas de chien, pas même un chat. Je ne supporte les bêtes que sauvages. — Désolé, je répète, et je la regarde remonter vers la ferme, son parfait petit cul qui me dit adieu. La rivière continue de couler. Elle n’en a rien à faire que je sois malheureux. La maison va me sembler si vide quand je ...