1. Camp-climat


    Datte: 29/07/2026, Catégories: Humour #nonérotique, #aventure, hplusag, campagne, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe

    1. La nuit
    
    La planète brûle, les bêtes sauvages disparaissent et les hommes ne pensent qu’à se faire la guerre pour savoir qui pourra sucer les dernières gouttes de pétrole. J’ai signé des pétitions, voté vert et marché dans les rues des grandes villes avec une pancarte à la main. Je vis maintenant au fond d’une vallée perdue dans une maison minuscule sans électricité. Je me déplace peu et j’ai arrêté de me raser.
    
    Mais cela ne suffit pas. Pendant que je coupe mon bois, les multinationales déforestent l’Amazonie. Pendant que je pédale sur mon vieux vélo, il y a un long ruban de camions qui traverse l’Europe à quarante kilomètres de chez moi et lorsque le vent vient de l’Ouest, je les entends la nuit. C’est pourquoi je suis là, pour trouver un exutoire à ma colère, pour commencer une ère nouvelle. J’ai intégré un camp climat.
    
    C’est une sorte de stage de formation pour les activistes et les partisans de la désobéissance civile, un grand camping d’illuminé.e.s vêtu.e.s de pulls en laine de yack qui ont les livres d’Andréas Malm et du Comité Invisible dans leur besace. Il pleut depuis deux jours ; il n’est pas tombé une goutte depuis trois mois mais on commence le camp et il pleut : Dieu a choisi son côté de la barricade et ce n’est pas le nôtre. Le terrain est devenu un vrai bourbier et on erre d’une tente à l’autre, d’un atelier à l’autre mais les balades en forêt et les jeux de rôle au programme sont reportés de jour en jour. Alors on parle, on parle, on ...
    ... parle.
    
    Les décisions se prennent au consensus et il n’est pas vraiment bien vu d’avoir un avis différent de la majorité. Nous sommes non-violents et la première des violences est la violence verbale. Tous ces jeunes gens ont la moitié de mon âge mais ils font semblant de ne pas s’en rendre compte. Nous sommes radicaux et déterminés ; pourtant, nous avons visiblement besoin de beaucoup de justifications avant de passer à l’acte.
    
    Un bon nombre de débats sont prévus en non-mixité parce que les échanges des féministes doivent se faire loin de nos oreilles de mâles guerriers. Ce soir, nous sommes donc réunis entre hommes et nous évoquons la différence entre désobéissance civile et terrorisme. La nuance est parfois mince et chacun a sa propre limite. Je préfère le mot de résistance mais quand je l’ai évoqué, ma proposition est tombée dans un trou et personne ne l’a commentée. Il faut dire que les territoires des uns et des autres sont bien marqués et que je n’appartiens à aucune chapelle, ce qui fait que personne ne s’intéresse à ce que je peux dire. Je décide pourtant d’intervenir à nouveau parce que je ne peux plus supporter le bruit de la pluie sur la toile qui nous abrite et le murmure doucereux des intervenants.
    
    — Camarades, dis-je quand c’est mon tour de parler (j’utilise exprès ce mot très connoté parce qu’ils le détestent), avez-vous remarqué qu’une épaisse couche de bienveillance nous entoure de ses anneaux, comme un boa constrictor, et menace de nous étouffer ? Nous devons ...
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