1. L’ardoise et la langue


    Datte: 27/06/2026, Catégories: Humour #érotisme, #Collègues / Travail, #lieupublic, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe

    ... cornichons dans la réserve pour les sucer lentement. Des dimanches où ils faisaient l’amour dans la voiture, parce qu’il vivait encore chez sa sœur. De cette nuit où elle avait gémi si fort qu’un chien avait aboyé et réveillé tout le quartier.
    
    — Toi, dit-elle en se rapprochant, t’as jamais su mettre des mots.
    — J’ai mis de la sauce.
    — La sauce, ça sèche.
    
    Puis elle a enlevé son blouson. Sous le cuir : un débardeur blanc, tendu, sans soutien-gorge. Le genre de tissu qui épouse, mais n’excuse rien. Ils se sont déshabillés lentement. Pas parce que c’était romantique. Parce que les corps avaient changé. Et qu’il fallait négocier les angles.
    
    Elle l’a poussé contre la vitrine. Il a gémi. De surprise. La vitre était tiède. Ce qu’ils ont fait après n’était pas élégant. C’était moite, maladroit, bruyant. Le rouleau d’essuie-tout y est passé. Deux pots de harissa aussi. Et une cuisse de poulet, oubliée trop près de l’action, a fini par tomber sur le sol en soupirant. Mais à la fin, couchés côte à côte sur le carrelage, entre deux serviettes usées, ils ont ri. Sans pudeur. Sans regret.
    
    — Je peux revenir demain ?
    — Pas sans écrire.
    
    Elle a embrassé son torse, puis a murmuré :
    
    — Je ne serai plus seulement ton fantasme, mais aussi ton menu du jour.
    
    Et à l’ouverture, sur l’ardoise :
    
    Hier soir, j’ai tout mangé. Même ce que je ne croyais plus digeste.
    
    Le lendemain matin, quatre heures trente, ils se retrouvèrent. Ils n’avaient pas allumé. Le néon du frigo ...
    ... clignotait à intervalles irréguliers, comme un dernier battement d’ailes. Mustapha, torse nu, une serviette sur les genoux. Yasmina, assise sur le comptoir, jambes croisées, robe remontée jusqu’aux hanches.
    
    Pas de musique. Pas de mots depuis cinq bonnes minutes.
    
    — Tu sais, a-t-elle murmuré, c’est pas la première fois que je reviens.
    
    Il a tourné lentement la tête. Elle grignotait un morceau de pain pita froid. Du bout des dents. Comme on s’attaque à une blessure, à petites morsures.
    
    — J’veux dire, j’suis passée. Trois fois. En cinq ans. J’ai même failli commander un kebab.
    — Pourquoi t’as pas osé ?
    — Parce que t’avais toujours l’air fermé. Comme un four éteint avec l’écriteau « service minimum ».
    
    Il a baissé les yeux. Elle a posé sa main sur la sienne. Doucement. Sans gestes inutiles. Un sourire lent s’est étalé sur son visage. Elle s’est approchée et l’a embrassé sur le creux de l’épaule.
    
    — T’as envie que je reste ?
    — J’te paye même le café.
    
    Elle s’est levée et a écrit la phrase du jour, guillerette :
    
    L’amour, c’est comme le pain tiède.
    
    Si tu l’oublies, il durcit. Si tu le couvres, il moisit.
    
    Mais si tu le partages, il te réchauffe les doigts.
    
    On dit que, depuis ce fameux mois d’avril, Le Bosphore n’est plus un kebab. C’est un phénomène. Un mythe croustillant.
    
    Chaque matin, à l’ouverture, il y a la file.
    
    Pas de ceux qui veulent juste manger. Ceux qui veulent ressentir.
    
    Les couples s’embrassent devant l’ardoise. Les solitaires s’y ...