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L’ardoise et la langue
Datte: 27/06/2026, Catégories: Humour #érotisme, #Collègues / Travail, #lieupublic, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe
... Si la langue était un doigt… » Trop graphique. « Yasmina, reviens, je suis une broche vide sans toi. » Beaucoup trop explicite. En manque d’inspiration, il avait ouvert la boutique la boule au ventre et les lèvres sèches, l’ardoise vierge de citation. À dix heures, ils étaient douze dans la file. À onze heures quinze, un journaliste local débarquait. « Pour comprendre le phénomène kebab littéraire. » À midi, Mustapha a craqué. Avec cette hésitation chaude qu’on ressent juste avant de poser sa bouche entre deux cuisses accueillantes, il a noté : Parfois, le corps a faim d’autre chose. Quelque chose qui ne se livre pas à domicile. La file a murmuré comme un banc de sardines sensuelles. Quelqu’un a gémi. Légèrement. Un souffle. Un homme a lâché un « putain… » comme s’il venait de comprendre pourquoi sa femme l’avait quitté. Et Josette, dans un jogging léopard, a levé les bras au ciel. — C’est bon, ça ! C’est de la mozza pour le clito, cette phrase ! La queue s’est allongée. Mais pas pour manger. Pour parler. Pour déposer des petits mots qui remplirent une boîte à frites vide sur le comptoir : Mustapha lisait tout. Sans répondre. Mais à l’intérieur, quelque chose le remuait. Pas juste son entrejambe. Son cœur. Son désir. À dix-sept heures vingt-six, il a eu sa première proposition directe. Une femme. Brune. Jean moulant. Regard liquide. Elle a commandé « ce que vous voulez, mais… à partager ». Puis elle a ajouté, en s’accoudant au ...
... comptoir, à côté du pot de ketchup : — Si vous cherchez un endroit pour écrire vos prochaines citations… j’ai un mur vide. Et un lit chaud. Mustapha n’a pas répondu. Mais a rougi. Et la sauce blanche, dans sa main, a giclé trop tôt. Le soir, il a tout nettoyé, puis a relu la phrase du jour. Parfois, le corps a faim d’autre chose. Il l’a effacée. Puis il en a écrit une autre. Comme un appel. Une invitation. Je suis là. J’ai chaud. Et j’ai encore du pain. Il était trois heures douze quand Mustapha l’a vue. Il avait décidé de ne plus dormir et s’était calé dans l’arrière-salle, en embuscade derrière les cartons de sauce, la main crispée sur une louche. Et là, la porte a grincé. Une silhouette. Féminine. Le genre de forme qui vous réveille les souvenirs entre les reins. Blouson de cuir. Cheveux lâchés. Démarche lente. Elle s’est avancée vers l’ardoise, et a écrit, d’un seul trait, sans trembler : J’ai toujours eu le goût de toi dans la bouche. — Yasmina… Elle s’est figée. Puis s’est tournée. Même visage. Même bouche. Même regard capable de te mettre à nu sans enlever un bouton. Il s’est levé. Pas trop vite. Les genoux avaient vieilli. Le cœur aussi. Mais la queue semblait fraîche. — C’était toi, tout ce temps ? — C’était moi. — Pourquoi ? Elle a souri. Et il a compris qu’il la désirait comme on a envie d’un plat interdit : parce qu’il fait du mal au bon endroit. — Parce que j’avais faim. Ils ont parlé. De l’époque où elle volait les ...