1. Défigurée


    Datte: 14/06/2026, Catégories: fh, gros(ses), handicap, Auteur: Foretdorient, Source: Revebebe

    Marie-Laure est une lointaine cousine dont j’avais perdu la trace et que j’ai revue récemment à l’occasion d’un décès dans la famille. Elle s’est présentée à moi au sortir de l’église, sinon je ne l’aurais pas reconnue, tellement elle a changé ! Nous avons discuté un peu lors de la collation qui a suivi la cérémonie.
    
    Un accident de voiture, lorsqu’elle était jeune adulte, lui avait écrasé le visage et l’avait complètement défigurée. Malgré la chirurgie réparatrice et de multiples opérations, elle en a conservé bien des séquelles. Lorsque nos regards se croisent, j’ai un peu de mal à soutenir le sien. Les bizarreries font toujours un peu peur, j’esquisse un sourire pour tenter vainement de la rassurer, ou plutôt de me rassurer.
    
    Pourtant, son look est beaucoup moins choquant qu’il ne l’était lorsqu’elle était adolescente, les cicatrices ont vieilli, des rides se sont creusées, son visage devenu bouffi et un double menton ont masqué ce qui était choquant dans la figure de la petite jeunette, la laideur s’est estompée au fil du temps. Trente-trois ans auparavant, je ne parvenais même pas à la regarder en face et ne décochais pas un mot en sa présence, elle était pour moi comme « monstrueuse ». C’est malheureux à dire, mais j’avais pitié d’elle. J’étais triste pour elle quand j’imaginais toutes les souffrances qu’elle avait dû subir et qu’elle continuait sans doute à endurer au quotidien. J’en avais la larme à l’œil.
    
    À cinquante ans passés, elle vit désormais seule dans ...
    ... un petit appartement de la banlieue de Nantes. C’est une vieille fille qui a fait toute sa carrière dans la même entreprise. Méticuleuse et tenace, c’est aussi une incroyable bosseuse qui voue tout son temps libre à son travail. Les mauvaises langues diront sans doute que c’est à cause de son faciès difficile qu’elle n’a pas trouvé chaussure à son pied. C’est possible, pourtant, cette femme est gentille, avec une petite voix très suave, elle est effacée, discrète, presque timide. Sa compagnie est loin d’être désagréable, sa conversation est riche d’une culture qu’elle s’est constituée au fil du temps.
    
    Est-ce à cause de sa « gueule cassée » qu’elle se laisse ainsi aller ? Mais c’est le genre à grignoter à longueur de journée, ceci associé à un boulot très sédentaire et à un manque flagrant d’activité, peu à peu, elle est devenue obèse. Un ventre de buveur de bière et, quand elle rentre dans la pièce, son popotin hors norme déplace de l’air et oblige ses voisins les plus proches à s’écarter. Pour preuve de sa boulimie, tandis que nous discutons, elle fait le pied de grue devant les mini-sandwichs dont elle s’empiffre jusqu’à plus soif.
    
    Plus rien à voir avec la jeune femme aux formes aguichantes que j’avais connue lorsque j’étais gamin. Je me remémore une réflexion qu’un des copains avait faite à l’époque, un jour qu’il l’avait entraperçue devant chez tante Huguette, propos qui m’avaient d’ailleurs passablement choqué : « Si elle n’avait pas cette sale gueule, elle serait ...
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