-
Crépuscule
Datte: 02/06/2026, Catégories: #sciencefiction, #dystopie, fh, campagne, dispute, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe
... chances que ma manœuvre réussisse et je ressortis de son bureau avec l’ordre définitif de balancer le professeur dans la Méditerranée dès le lendemain matin. Je rentrai chez moi vidé, comme si je venais de plonger dans un chaos dont je n’avais jamais eu conscience. Pourtant, le chaos avait toujours été là et je me plaisais à dire que j’y évoluais comme un poisson dans l’eau. Mais la folie du monde venait d’entrer en moi et je sentais la mort marcher sur mes pas. Les choses furent plus claires quand j’entrais dans mon salon. Madame Sorel était assise sagement sur mon canapé, un livre à la main, un vieux roman de Julian Barnes qui parlait d’amour et de philosophie. Il était probablement sur la liste interdite, mais c’était le cas de la plupart des livres de ma bibliothèque. Les livres autorisés qui vantent la supériorité de l’Occident et de la chrétienté sont en général passablement ennuyeux. Elle leva la tête à mon arrivée et ses grands yeux étaient gris, mais peut-être reflétaient-ils le ciel ou la peine qu’elle avait. Ce regard qui me demandait quelque chose, la beauté de ses traits que j’avais crue surévaluée quand j’avais été loin d’elle et qui maintenant m’éblouissait, le simple fait qu’une femme comme elle soit chez moi quand je rentre, tous ces faits étaient la confirmation qu’il me fallait pour sauter dans le vide sans parachute. Avant qu’elle dise quoi que ce soit, je l’informai de mon plan. — Votre mari ne va pas trop mal, mais la seule solution pour le ...
... sortir de là est un coup de force. Ce sera demain matin et je devrai tuer pas mal de monde. — C’est ce que vous voulez faire ? Je n’y comprends plus rien, mais si nous parvenons à fuir, nous avons un réseau de gens qui pourront nous héberger. — Non, il n’y aura personne de sûre. Juste votre mari, vous et moi. Votre réseau est complètement infiltré, nous avons des fiches sur tous vos amis. Je sais où nous allons trouver refuge. Je n’ai pas connu mon père. Il a quitté ma mère alors que je n’avais que quelques mois, à cause de mes hurlements la nuit, d’après elle. Il est mort il y a quelques années et à ma grande surprise, j’ai hérité de ses biens. Il y avait cet appartement où nous étions, Héloïse et moi, et une vieille bergerie, sans eau courante ni électricité, perdue au fond du Diois. C’est là que j’imaginais emmener ce couple d’innocents, si je survivais à la tuerie. J’ai préparé un repas sommaire et madame Sorel a accepté de le partager. Nous avons mangé en silence avant de retourner au salon où j’ai rempli un grand verre de Bourbon. J’avais besoin d’alcool pour effacer la brume. Elle n’en voulait pas et elle a repris son livre. Perdu dans mes songes, je la regardais lire et soudain, j’ai eu cette impulsion subite. — Madame Sorel, dis-je trop vite, trop fort. Est-ce que je peux vous appeler Héloïse ? — Comment pourrais-je vous interdire quelque chose ? me répondit-elle. Je suis à votre merci. — Non, non, ce n’est pas comme ça, je demande votre permission. Et je ...