1. Crépuscule


    Datte: 02/06/2026, Catégories: #sciencefiction, #dystopie, fh, campagne, dispute, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe

    Avant de rencontrer Héloïse, je ne me posais jamais de questions. C’était il y a trois jours à peine et cela me semble une époque lointaine. Je vivais, je profitais de mes privilèges, je cherchais toujours où était mon intérêt, je ne faisais pas de politique. Depuis la grande vague de renversement des démocraties des années trente, personne ne faisait de politique. Nous avions des dirigeants autoproclamés qui plaisaient plus ou moins, mais que les gens respectaient par prudence. Et puis c’était toujours la guerre et en temps de guerre, ce n’est pas le moment de changer de régime.
    
    C’est pour échapper au front que j’étais entré dans les forces de sécurité. Pour ne pas utiliser leurs armes nucléaires qui détruiraient la planète, les nations s’affrontaient dans des guerres sales, avec des drones et des unités de robots. Les hommes s’enterraient dans des tranchées comme à Verdun. Je ne savais pas, je n’imaginais pas qu’il puisse y avoir un autre chemin. J’aidais donc le système à fonctionner le mieux possible en traquant le déviant et le terroriste. Au début simple agent anti-émeute, j’avais vite monté les échelons. Plus intelligent que la moyenne, ce qui était simple, car la moyenne était très, très basse, obéissant aux ordres sans états d’âme, j’étais un élément parfaitement adapté aux tâches que l’on me désignait.
    
    Après avoir mené à bien la fermeture du campus de la deuxième ville du pays, en une semaine avec de nombreuses arrestations et un minimum de morts, sans ...
    ... articles dans la presse, j’avais été nommé commandant, ce qui mettait une douzaine d’hommes sous mes ordres et m’offrait une certaine autonomie. Je m’étais spécialisé dans la répression des intellectuels. Je lisais leurs journaux et je connaissais leurs théories. Je savais ceux qui ne présentent aucun danger et qu’on peut laisser courir pour les citer en exemple quand on reproche au pouvoir la fin de la liberté d’expression et ceux qu’il faut faire taire au plus vite parce qu’ils parlent bien au peuple, parce qu’ils ont du charisme et qu’ils trouvent les mots qui font douter autour d’eux. Parmi ces ennemis du pouvoir, il y en a qu’il convient de présenter à un tribunal parce que leur procès sera pédagogique, par exemple, ceux qui se droguent ou qui ont une maîtresse, et enfin, il y en a qui doivent disparaître discrètement, rapidement, comme s’ils n’avaient jamais existé.
    
    Julien Sorel était de ceux-là. Professeur à l’université avant la fermeture du campus, professeur d’histoire, il était maintenant rédacteur publicitaire dans une agence que je soupçonnais d’être une couverture pour les activités illégales des démocrates. J’avais assisté à une de ses conférences sur la paix dans l’arrière-salle d’un café que j’avais fait fermer ensuite pour des raisons d’hygiène. Cet homme pouvait convaincre n’importe qui que nous entretenions volontairement la guerre pour empêcher le peuple de se révolter contre la misère de plus en plus grande dans le pays. Il m’avait convaincu, moi, c’est ...
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