1. Crépuscule


    Datte: 02/06/2026, Catégories: #sciencefiction, #dystopie, fh, campagne, dispute, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe

    ... nous prépara un repas un peu plus élaboré pour le déjeuner. Je savais son engagement féministe et je trouvais tout cela ridicule. Voulait-elle me montrer une certaine reconnaissance ? Était-ce un message à destination de son mari pour lui dire son désaccord ?
    
    Par contre, quand elle s’installa sur le banc de pierre devant la façade, profitant d’un des premiers rayons de soleil de la saison, me regardant fendre mon bois avec l’acharnement d’un condamné à mort, je ne pus m’empêcher d’apprécier sa présence. Nous n’échangeâmes pas un mot, mais quelque chose d’indéfinissable passa certainement entre nous.
    
    Plus tard, tandis que je tentais de réparer le manchon d’une lanterne avec de la gaze prise dans la pharmacie avant que la nuit tombe, Héloïse me rejoignit à la grande table de chêne avec un antique album de photos à la main.
    
    — Est-ce que c’est vous ici ? me demanda-t-elle en me montrant une photographie représentant un petit garçon ébloui par le soleil qui donnait la main à sa mère.
    
    Je ne savais pas d’où venait cet album. Je ne l’avais pas vu lors de mon précédent séjour, mais je n’avais pas non plus fouillé dans les placards de la chambre qui étaient vastes et pleins de vieilleries. Le gosse de la photo avait les oreilles décollées et c’est à ça que je le reconnus. C’était moi, bien sûr. La femme à qui je donnais la main, ma mère, était grande et belle. Cette photo avait probablement été prise par ma grand-mère la dernière année où j’avais vécu avec ma mère. ...
    ... Ensuite, elle était entrée en cure de désintoxication et m’avait laissé à ma grand-mère le temps de la cure. Puis elle était allée directement en hôpital psychiatrique sans repasser à la maison et elle s’était suicidée deux ans plus tard sans que je puisse la revoir.
    
    J’étais silencieux et hypnotisé par cette image, d’abord parce que je ne comprenais pas comment mon père qui nous avait soi-disant abandonnés sans donner de nouvelles depuis que j’étais bébé pouvait avoir eu cette photographie. Je n’avais de mon enfance que les récits de ma grand-mère et je comprenais à cet instant qu’elle m’avait certainement beaucoup menti. Ensuite, en regardant mieux les détails, tentant de deviner où la photo avait été prise, je fus pris de vertige en regardant ma mère. Ses grands yeux, son cou de cygne, sa silhouette élancée étaient les signes distinctifs de la femme à mes côtés dans la pièce. Même le dessin de la bouche était assez proche. Je comprenais soudain mon attirance insurmontable et mortifère pour cette femme. Si j’avais eu mon arme à cet instant, j’aurais peut-être tué quelqu’un, elle ou moi, je ne sais pas, mais mon flingue était sous mon oreiller sur la mezzanine.
    
    — C’est moi, lui dis-je durement, mais cela n’a aucun intérêt. Quand je partirai d’ici, je mettrai le feu à tout ce bazar. Veuillez reposer cet album où vous l’avez trouvé, je vous prie.
    
    Au moment du repas, je préférais les laisser en tête à tête, les confrontations avec le professeur Sorel me donnant trop envie de ...
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