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Nino, Casoli, été 89
Datte: 21/05/2026, Catégories: hh, vacances, Auteur: lelivredejeremie, Source: Revebebe
... gémissements et enfin, voir ses doigts se consacrer à son plaisir. Durant le mois que j’ai passé à Casoli, j’ai fait l’amour à Nino à l’abri du palazzo de Gianluca, puis, deux fois, il m’a aimé, et j’ai découvert cette facette de moi qui admettait qu’on me possède… Il m’appelait ‘signore lattice’, monsieur latex… Je suis rentré à Paris, avec la promesse de sa visite, qu’il n’a jamais tenue, ses amis lui suffisaient, puis la mamma… Automne 1989 Nino m’avait inspiré, j’ai recommencé à écrire, un roman… une romance… l’histoire d’un amour de vacances… avec un garçon. — Tu réalises que tu te flingues ? a aboyé Gianluca. On baise avec des mecs, mais on n’en parle pas ! — Gianluca, si tu étais l’éditeur d’Edmund White ou de James Baldwin… — Hmmm… Je serais riche, c’est vrai. Le titre ? — Encore plus riche, tu veux dire. J’ai pensé à « Nino in Casoli ». — Nino, évidemment… Tu l’as… ? — Ça ne te regarde pas, Gianluca. — Gentil, puis joli, très joli mais pour le reste, les affinités électives… Du moins de mon point de vue. La partie professionnelle de la conversation était arrivée à son terme, qui allait clairement glisser sur d’autres sujets, que j’aurai toujours une étrange gêne à aborder avec lui. J’avais ostensiblement sorti mon paquet de cigarettes et en avais glissé une entre mes lèvres, attendant sa réaction trop prévisible. — Pas. Dans. Mon. Bureau ! — Juste ! J’oubliais, excuse-moi, avais-je soufflé, en me levant. — Jérémie, avant que tu ...
... partes… S’il te plait, réfléchis, le lectorat français est-il prêt à… — Depuis quand n’aimes-tu plus les paris risqués ? J’y tiens, et je le ferai éditer à compte d’auteur s’il le faut. — Tu l’aimes. Ou du moins, tu l’as aimé, non ? Pourquoi n’est-il pas ici ? — Joker, Gianluca. Dans l’ascenseur, j’avais réfléchi à ses paroles, ses questions… Pour conclure, comme à la fin de l’été, avec un sentiment mitigé, entre une légère honte et un peu d’hypocrisie, que c’était effectivement une question de compatibilité, mais pas celle dont il parlait, non, plutôt à la verticale, dans la vie de tous les jours. Nino n’aura été qu’une parenthèse dans mon parcours sentimental où, paradoxalement, je suis ce que l’on qualifie aujourd’hui de sapiosexuel, je suis séduit par l’intelligence et la culture, dont il était tristement dépourvu. Sa futilité, aussi, finalement juste amusante le temps d’un mois au soleil. Et enfin, le fait que l’exclusivité soit une notion parfaitement abstraite pour lui ! Sa vespa réparée, le week-end suivant, il m’avait abandonné à Casoli, pour rejoindre sa cour des miracles, le « Salsa al Finocchio », pour aller s’y blanchir les narines de quelques G qu’il payerait en nature. En posant le pied sur le trottoir, j’avais allumé ma cigarette, et réalisé que j’en tenais le filtre entre le pouce et le majeur, pour rejeter la fumée en jetant légèrement la tête en arrière, une pose peut-être un peu précieuse, copiée de Nino. Au souvenir duquel je me suis abandonné un ...