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Nino, Casoli, été 89
Datte: 21/05/2026, Catégories: hh, vacances, Auteur: lelivredejeremie, Source: Revebebe
... vouvoiement. — Tu parles français ? Oui, Gianluca Contarini est un ami, et aussi mon éditeur. — J’ai étudié, avait-il dit fièrement. « Il signore Contarini… Gianluca è molto gentile, et… generoso. Alors tu es… euh… écri…veur ? » — Écrivain, romancier, oui. Je savais que mon éditeur pouvait être très… gentil avec les garçons comme Nino, j’ai appris qu’il lui avait d’ailleurs offert sa Vespa. J’avais moi-même profité de sa générosité pendant l’écriture de mon premier roman. Son intérêt initial pour mon corps commençait à faiblir après qu’il se soit aperçu de mon modeste talent de scribouillard, notre collaboration avait évolué, trois ans et deux romans plus tard, il me payait pour faire courir mes doigts sur le clavier d’une machine à écrire, à l’époque avant les ordinateurs, plutôt que sur sa carcasse vieillissante. — Ce n’est pas un présent m’avait-il affirmé, mais un investissement ! Le tue scarabocchi… tes pattes de mouches sont illisibles. A notre rencontre, j’avais sensiblement l’âge actuel de Nino… l’âge de tous les garçons qui défilent au bord de la piscine, puis dans le lit de Gianluca, dont les cadeaux ne sont jamais vraiment gratuits. Nino avait forcément payé son scooter d’une manière que j’imaginais trop bien. Paris – 1986 — Tu es… un diavolo ! Tu m’as presque tué, mais je n’ai qu’une envie, c’est que tu recommences m’avait dit Gianluca en enfilant – par un fond de dignité ? – un caleçon informe sur son bassin qui ne l’était pas moins, avant de ...
... se diriger vers mon réfrigérateur, pour n’y trouver, à côté d’un demi plat récupéré dans un resto, que deux cannettes, Coca et Jupiler. — Puis-je ? a-t-il dit ? Ce que ton pays… ignorabile, insignifiant, scusi, ma… ne produit de mieux que le mien, c’est la bière. Et peut-être le chocolat… e ancora, è discutibile. Il a englouti ma dernière Jup, ce qui, sachant sa résistance vraiment très faible à l’alcool, m’assurant un peu de ne pas avoir à rééditer l’exploit précédent. — Et donc, tu écris, m’a dit Grog ? — Qui ? — Grégoire… Je l’appelle ainsi parce qu’il aime trop le rhum, donc… Grog. Décevant, lui… Après que je lui avais dit mes espoirs, et fait lire une de mes nouvelles, une daube juste digne de finir sur Wattpad, Grog – j’avais directement adopté le surnom – avait été décevant avec moi aussi, en tout cas à l’horizontale, mais n’étant à l’époque pas complètement ignorant des codes de notre monde, ni surtout de l’importance du soutien d’un éditeur, j’avais simulé le plaisir qu’il ne m’avait pas donné, soupçonnant qu’il ne pourrait pas s’empêcher de se vanter auprès de Gianluca d’avoir ajouté un nouveau minet à son carnet de chasse, et peut-être de lui parler de ma prose. — Oui, bien sûr, avais-je dit, en me précipitant sur la pile de cahiers dont je noircissais les pages de mes lignes. Un instant, je cherche ce qui… Aaah ! Peut-être ceci ? Aux textes qui me mettraient toujours le rouge de la honte au front, j’en avais substitué un autre, plus sage et, en ...