1. Nino, Casoli, été 89


    Datte: 21/05/2026, Catégories: hh, vacances, Auteur: lelivredejeremie, Source: Revebebe

    ... pagare per il sesso ? a-t-il dit en italien, pour que la vendeuse de la boutique Nike comprenne. Tu ne payerais pas pour le sexe, mais je ne peux… simplicemente… pas vivre sans ces Air Jordan, a-t-il ajouté avec le regard larmoyant que j’ai retrouvé chez le Chat Potté dans Shrek, une douzaine d’années plus tard.
    
    Le nom de la boîte était déjà tout un programme, la « Salsa al Finocchio », la sauce au fenouil, jeu de mot sur « salsa » pour la danse, et « finocchio », un terme initialement péjoratif en Italie pour gay mais retourné par les intéressés, qui ont fini par le revendiquer.
    
    Qu’en dire, sinon ? Sordide, kitsch, limite vulgaire, peut-être la pire boîte gay de celles que j’aie fréquentées. Les mêmes adjectifs s’appliquant aux amis de Nino, une bande de folles de tous âges, plus clichés pathétiques les uns que les autres, sortis d’un film de Fellini… Le seul mec aussi physiquement décent que – finalement - moralement douteux l’a traîné aux toilettes, dont il est sorti la démarche boiteuse après quinze minutes pendant lesquelles j’ai dû subir la conversation blindée de sous-entendus douteux de la bande de follasses…
    
    — Nino, tu as encore un peu de poudre blanche sur la narine, tu as sniffé direct sur la planche des wc ? Le billet roulé, ça ne te parle pas ?
    
    Il a eu un sourire faussement gêné, avant de me glisser à l’oreille que c’était le principal intérêt tiré du quart d’heure d’isolement, la coke l’ayant fait plus planer que l’invasion sauvage de son ...
    ... corps.
    
    — C’est tellement pas mon monde, tout ça, ai-je soupiré en secouant la tête. Je rentre à l’hôtel, tu fais quoi, toi ?
    — Vengo con te !
    
    Je me suis éveillé lorsque Nino a soulevé l’élastique de mon boxer et m’a pris en main.
    
    — E bello !
    — Quoi ? Ah, ma …
    — Il tuo cazzo… Si, è bello, e giovane e ferma, a-t-il murmuré avant d’y apporter une autre forme d’attention.
    
    Je suis parfois lent à capter les messages, j’ai mis quelques secondes à réaliser que le plus beau garçon du monde, ou du moins le plus beau garçon de mon monde, s’offrait à mon plaisir… J’étais raide comme jamais, je cherchais les mots pour l’inciter à se retourner pour que je lui offre le plaisir en retour, mais mon cerveau avait migré vers le bas et sa caresse très contrôlée m’empêchait de construire une phrase qui aurait du sens, même en français…
    
    — Per favore, fottimi…
    — Che cosa ?
    — Fai l’amore con me…
    
    Il s’était calé à plat ventre, offert, désirable… Un sursaut de conscience m’a fait murmurer.
    
    — Prima, un preservativo. C’était inhabituel à l’époque, mais outre Grog, le « cancer gay » m’avait déjà volé trois amis, dont Hanno, le traducteur allemand de mon deuxième roman…
    — S’il te plait, retourne-toi… Voltati… Voglio vederti.
    
    Je voulais le voir de face, profiter de sa beauté, voir son corps réagir à l’invasion du mien, sentir ses mains courir sur mon torse et – je l’espérais - me serrer convulsivement, puis ses jambes se serrer sur mes hanches, voir sa bouche chercher l’air entre deux ...
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