1. Nino, Casoli, été 89


    Datte: 21/05/2026, Catégories: hh, vacances, Auteur: lelivredejeremie, Source: Revebebe

    2024
    
    Je viens de recevoir le faire-part de décès de Maria, cacheté de Casoli, dans les Abruzzes.
    
    Evidemment, j’entre dans un âge où ils vont commencer à se multiplier dans mon courrier, mais celui-ci m’a particulièrement ému. Je viens surtout de me prendre dans les dents un souvenir vieux de trente-cinq ans, l’année où j’ai connu Maria. Et son fils…
    
    Nino est mort en 1991.
    
    J’étais là, à l’Ospedale Generale di Pescara, avec sa mère, qui ne comprenait rien. Moi, je savais, j’avais déjà vu trop d’amis mourir, mais comment le lui dire ? Comment expliquer les taches noires sur son corps, l’insuffisance respiratoire due à la pneumonie, devenue rare même ici, ses paupières collées par les mucosités, ses lèvres si gercées qu’elles étaient crevassées, sa respiration cruellement sifflante… Le médecin avait parlé du « cancer gay », elle n’avait retenu que le premier mot, se demandant comment on pouvait avoir un cancer à vingt-trois ans. Comment expliquer à une mère que son garçon si beau et trop jeune allait mourir ?
    
    (…)
    
    Deux ans plus tôt, Gianluca, mon éditeur, avait détecté mon syndrome ! Oh, pas celui d’immunodéficience acquise, non, simplement celui de la page blanche…
    
    — Je ne veux pas croire qu’après deux succès de librairie, à même pas vingt-cinq ans, tu aies tout donné, Jérémie ! J’ai hérité la demeure de mes grands-parents dans un village des Abruzzes, le dépaysement t’inspirera peut-être.
    
    1989
    
    Casoli était touristique si l’on veut, pour les ...
    ... promenades autour du Lago Sant’Angelo… Autant dire que je m’y étais vite ennuyé. Le seul intérêt était le fils de Maria, la boulangère et accessoirement concierge de ce qui s’était avéré être un petit palazzo, berceau des ancêtres de Gianluca, que j’avais, seulement là, découvert être prince Contarini da Montaniera. La modestie de la véritable noblesse…
    
    Dès mon arrivée, à peine m’étais-je parqué – forcément - via Montaniera, j’avais vu Nino… en caleçon dans la rue. Mes yeux avaient détaillé son corps mince de la tête aux pieds, brièvement remarqué le seau qu’il venait visiblement de se vider sur la tête, pour remonter sur son visage souriant, puis glisser sur la serviette de bain qu’il passait lascivement sur le haut de ses cuisses, avant de l’écarter puis de très… trop lentement la nouer sur sa taille. J’avais soupçonné que mon regard soutenu avait pu me trahir, puis que je ne me serais jamais fait capter aussi vite, mais il était si beau…
    
    — Il caldo è insopportabile…
    — Si… certo, avais-je bafouillé dans mon italien hésitant, en remerciant en silence le soleil de taper aussi dur.
    — Lei non sei italiano…
    — Sono di Nantes, in Bretagna, ma ora vivo a Paris… Parigi.
    
    Nino m’avait dit rêver d’aller à Paris, Londres, en fait n’importe où qui ne soit ce village perdu, mais qu’à part quelques week-ends à Pescara, il n’avait encore rien vu du monde.
    
    — Lei abita… euh… tu es en le palazzo Contarini ? m’avait-il demandé en me voyant manier le trousseau de clés, abandonnant le ...
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