1. Nino, Casoli, été 89


    Datte: 21/05/2026, Catégories: hh, vacances, Auteur: lelivredejeremie, Source: Revebebe

    ... moment, adossé à la façade, dans la lumière douce et la chaleur relative d’un soleil d’été indien, si différent de celui des Abruzzes, particulièrement celui qui avait baigné le corps élancé et gracieux du garçon, sur le balcon de la chambre du palazzo, après qu’il ait quitté mes bras, après que nous ayons une dernière fois fait l’amour…
    
    Là, avec un trimestre de recul, je m’étais dit que plus que nos échanges, les moments que j’ai préférés avec lui étaient ceux qui les suivaient, qu’il s’endorme, apaisé, ou que nous partagions le silence de la petite ville endormie et une bouteille de Trebbiano ou de Montepulciano…
    
    Il me racontait ses rêves, trop éloignés de ma propre vie, et dont je ne ferais clairement jamais très longtemps partie. Je lui disais ceux que j’avais abandonnés, ayant vendu, pour la reconnaissance publique, la possibilité d’une intimité qui serait autre que discrète.
    
    Eté 1989
    
    Un léger vent, venu de la mer, balance doucement les rideaux de la chambre du palazzo… Si je n’étais pas en train de consciencieusement nouer le préservatif que je viens de retirer, le moment serait parfait, mais je suis décidément bien plus terre-à-terre qu’on ne peut le croire à me lire…
    
    Mon regard s’est porté à droite, vers la fenêtre, et la silhouette mince et élancée de Nino, nu, voilé du tissu diaphane.
    
    — L’amore è dolce con te, avait-il murmuré vingt minutes plus tôt, me serrant contre lui, en lui…
    — J’imagine, avais-je répondu, un peu cruellement, avant de ...
    ... regretter, et d’espérer, toujours un peu, le gagner à autre chose que ce dont il se contentait habituellement dans les toilettes de la boîte ringarde.
    — Ma vieni dentro di me, più forte, violentemente, preferisco, avait-il susurré en s’approchant.
    
    Viens en moi, plus fort, je préfère. Au temps pour la compatibilité qu’évoquerait Gianluca trois mois plus tard… Sentiment qui serait confirmé le week-end suivant, par son escapade en solitaire à Pescara.
    
    Quand nous avons rejoint le fornaio, Maria nous a fourré entre les mains des foccacie encore tièdes, avant de candidement demander à quoi nous avions passé notre après-midi. Nino lui a expliqué qu’il m’initiait aux pratiques locales… pour le roman que j’écrivais. J’ai pleinement compris l’admiration qu’elle portait à son fils si beau, devenu, par sa propre invention, le collaborateur d’un auteur, dont elle n’avait jamais lu, et ne lirait jamais, la moindre ligne.
    
    Loin de celle de ma propre mère, qui avait consacré une courte lettre à chacun de mes deux premiers livres, pour en souligner les faiblesses, selon elle…
    
    Les yeux de Maria avaient peut-être encore un peu plus brillé lorsque Nino s’était exclamé.
    
    — Oh ! J’ai une idée pour… développer… l’intrigue du récit, bien sûr, avec un clin d’œil limite lubrique.
    
    Je l’ai aimé une dernière fois, avant de caler mes bagages à l’arrière de mon ridicule cabriolet de location, pour rejoindre l’aéroport de Pescara, puis Paris.
    
    Décembre 1989
    
    — C’est quoi, ça ? avais-je demandé ...