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Nino, Casoli, été 89
Datte: 21/05/2026, Catégories: hh, vacances, Auteur: lelivredejeremie, Source: Revebebe
... jetait des mots fleuris à son scooter. — Problema ? — Questa cagna non vuole iniziare. Quoi que soit une « cagna », j’ai compris que sa Vespa ne voulait pas démarrer. Sa colère avait laissé la place à une imitation de dépit assez réussie, alors qu’il m’expliquait qu’il était attendu … non, espéré à Pescara, mais qu’il en était réduit à rejoindre la nationale à pied et à prier qu’un routier, gras, laid et puant la transpiration, le prenne en stop, avant de porter un regard faussement affligé sur mon cabriolet de location. — Bah, je pensais de toute manière y aller un de ces jours, donc… — Vero ? a-t-il répondu, comme si l’idée ne lui avait jamais traversé l’esprit. Nino était un moulin à parole, à Fossaciesa, il m’avait fait avouer clairement mes préférences dans l’intimité, qu’il faisait de toute manière plus que soupçonner. A San Vito Chiotine, il imaginait trop clairement l’évolution de ma relation avec Gianluca. A Ortona, il savait que ma vie sexuelle était un désert depuis trois mois. A Miglianico, il a annoncé comme une évidence que nous passerions la soirée dans sa boîte préférée, qu’il me présenterait comme son ami français et qu’ils seraient jaloux. Et à Francavilla al Mare, j’ai failli faire une embardée après la liste exhaustive des garçons et des hommes à qui il s’était donné ! Six fois mes stats, que je trouvais pourtant parfois embarrassantes. — Hai solo scopato sette ragazzi ? — Je n’ai pas baisé, Nino, j’ai eu sept… relations. — Il sesso è ...
... la vita. — Le sexe en est seulement une partie. Mais en fait… Tu es gay, et même activement gay… Pourquoi restes-tu à Casoli ? — Mamma ha ancora bisogno di me. Ma tra cinque anni… cinq années, elle dit, elle arrête le fornaio… boulangerie… e vivremo in Pescara ! — Où tu connaîtras déjà plein de mecs… — Non conosci mai… on connait pas jamais… assez de mecs a-t-il murmuré, d’un ton rêveur. Avant de se reprendre. Dis, Geremia, tu veux pas me… connaisser ? Moi, oui. — Connaître ? — Conoscere, come nella Bibbia. — Connaître… bibliquement ? — Si. J’ai laissé la question en suspens… Nino était objectivement très désirable, puis depuis trois mois, je commençais à me demander si mon incapacité à écrire ne coïncidait pas un peu trop avec la période de vide affectif dans ma vie. Et si quelques nuits de sexe débridé ne libèreraient pas les vannes de mon imagination en même temps que celles de mes canaux déférents. J’ai imaginé la soirée trop arrosée, pour refaire la route le soir même, je me suis arrêté pour réserver une chambre au Best Western, me disant que Nino finirait la nuit chez l’un de ses amis. Il m’a suivi jusqu’à la réception, et lorsque l’employé a demandé combien de personnes occuperaient la chambre, il m’a soufflé « due » à l’oreille. Ensuite, il m’a baladé dans Pescara, de boutiques branchées en magasins de fringues. — Nino, je… ne sais pas ce que tu as en tête, ni comment va se terminer la soirée, mais je dois te dire que je n’ai jamais payé pour… — Non ...