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Nino, Casoli, été 89
Datte: 21/05/2026, Catégories: hh, vacances, Auteur: lelivredejeremie, Source: Revebebe
... ensuite, mais cette fois de vêtements griffés. Le message était clair ! A sa manière, Nino se prostituait donc ! Ma conscience m’a vite rappelé qu’au même âge, à mon arrivée à Paris, pour un réfrigérateur rempli, et de l’argent, puis la promesse d’un certain succès, à ma manière, avec Gianluca, je l’avais également fait, qui étais-je pour le juger… Il a dit : — Mi permetto ? En me prenant le trousseau de clé des mains, quoiqu’en appuyant assez longtemps ses doigts sur les miens, son regard – que je captais du coin de l’œil – dardé sur mon visage. Comme dans un film, la lourde porte a grincé en pivotant sur ses gonds, pour dévoiler une vaste entrée voûtée couverte de fresques, qu’avec l’éducation artistique prodiguée par mon éditeur-mentor, j’ai estimé dater de la construction, au dix-huitième siècle. A la grosse louche, une quinzaine de générations avait dû fouler ce sol en mosaïque de marbre, jusqu’à Gianluca, qui interromprait la dynastie. — Benvenuto a palazzo Contarini, a déclamé Nino, avec une courbette un peu ridicule. Il m’a fait visiter une quantité abusive de pièces sobrement meublées, mais en veillant à se mirer dans tous les miroirs devant lesquels nous passions, jusqu’à la chambre principale, sinon princière, vu le titre de noblesse de Gianluca, que je venais seulement de découvrir. Le garçon s’est jeté sur le matelas du lit à baldaquin et a placé ses bras croisés derrière sa nuque, sans redescendre son polo, exposant son nombril et le ...
... début d’abdominaux appétissants. — Questa è la stanza più bella del palazzo, e la più comoda. La plus belle pièce, je le voyais, la plus confortable, j’en jugerais plus tard ! Depuis quelques minutes, j’avais l’impression que Nino me faisait une parade de séduction, qu’il imaginait peut-être voir se conclure sur ce lit d’époque. Trop facile, mec, puis surtout, trop rapide, je ne suis pas… J’ai secoué la tête pour en chasser l’image de Gianluca s’y abandonnant à la fougue de Nino, qui semblait à son tour s’y offrir. Vite remplacée par l’idée que moi-même, à son âge… À la vérité, son assurance me déstabilisait, et mettait la mienne en défaut. J’ai mis en pratique la méthode, affinée en trois ans dans le milieu para-artistique de Paris – peuplé de cette faune parfois plus « cultureuse » que véritablement cultivée – autant que dans celui de mes rencontres nocturnes : l’indifférence. Je me suis dirigé vers la porte-fenêtre aux rideaux légèrement gonflés par la fine brise, puis sur le balcon donnant sur le jardin. — C’est si paisible, ça invite à l’inactivité totale, ai-je murmuré pour moi-même. — Com’è, l’inattività ? E una camera da letto ! L’inactivité dans une chambre semblait absurde pour Nino. Je me suis retenu juste à temps de lui répéter les mots de Gianluca à mon sujet, et peut-être au sien : — Sei un diavolo, il aurait compris bien trop vite. Le samedi, en revenant de ma troisième – et je m’étais juré, dernière – visite au lac, j’ai croisé Nino qui ...