1. Nino, Casoli, été 89


    Datte: 21/05/2026, Catégories: hh, vacances, Auteur: lelivredejeremie, Source: Revebebe

    ... Il m’avait gagné une invitation de Bernard Pivot à participer à son émission Apostrophes, puis des années plus tard, la confidence d’un certain Maxime, dont mon roman aurait été une des inspirations. Largement extrapolée, au vu du nombre de cadavres que ses personnages de serial killers laissent derrière eux.
    
    Puis il y a eu ces autres mecs, rencontrés dans d’autres endroits, et dont je m’assurais, d’abord discrètement, qu’ils n’avaient aucun intérêt pour la littérature, ensuite plus directement – sinon plus basiquement - de leur idée d’une relation, puis surtout du rôle qu’ils me laisseraient y occuper.
    
    Matthieu, journaliste à l’Equipe, ne s’intéressait qu’aux sports, mais n’en pratiquait aucun très activement, même dans l’intimité. Luigi, éternelle salopette bleue, pull vert et casquette rouge, venait de sa banlieue, comme un voleur, longeant les façades, après ses journées sur des chantiers de construction apparemment dépourvus d’installations de douches… Sans que ça ne m’ait jamais trop gêné, j’avoue. Et Romain… Je préfère ne plus y penser, pour tout dire.
    
    La seule exception a été Hanno, mon contact dans la maison d’édition allemande de mes romans, mais il était basé à Francfort, dans notre diagramme de Venn, nos cercles ne se croisaient tout simplement pas.
    
    Des relations plus hygiéniques qu’autre chose, et qui n’ont été que ça, avec le recul.
    
    Jusqu’au vertige de la page blanche, trois ans plus tard, et la proposition de retraite que m’a faite mon éditeur, ...
    ... aux funérailles de Grog, « décédé au terme d’une longue maladie » qui avait imposé que le cercueil ait été très promptement scellé.
    
    — Je ne veux pas te perdre, Jérémie, ni ainsi, ni… Bref, protège-toi, dans tous les sens du terme, va à Casoli, prends du temps pour toi, avait dit Gianluca, étrangement ému.
    
    Eté 1989
    
    Dans cette rue écrasée par le soleil, juste vêtu de sa serviette de bain, Nino m’a demandé de lui donner quelques minutes pour s’habiller avant de m’aider à m’installer. Je me suis assis sur le coffre de ma voiture de location pour griller une cigarette en laissant mon regard courir sur la piazzetta en me disant qu’à sa place, je rêverais aussi d’un ailleurs. A vingt-trois ans, je n’avais eu de cesse de quitter Nantes, où je me sentais à l’étroit, pour Paris. Alors Casoli…
    
    Nino a jailli de la boulangerie familiale comme un diable de sa boîte, un joli diable auquel beaucoup de mes amis auraient été heureux de vendre leur âme pour un sourire, en espérant plus. Il portait un polo Lacoste vert menthe qui, lorsqu’il s’est penché dos à moi pour prendre l’un de mes sacs de voyage, s’est légèrement relevé pour révéler un jeans Gucci.
    
    — Ça vient de Pescara, j’imagine, ai-je demandé en pointant le logo.
    — Si, j’ai des amis là, également… generosi, a-t-il répondu, avant d’ajouter avec une lueur légèrement lubrique dans les yeux, sans la moindre honte, à la limite de la provocation, et qu’il laissait ses amis généreux le déshabiller, pourvu qu’ils le rhabillent ...
«1...345...11»