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Homo naledi
Datte: 17/05/2026, Catégories: fh, ff, couleurs, Auteur: Claude Pessac, Source: Revebebe
... Tout est possible en fait… Estimant sans doute que la blanche est matée, on lui enlève son bâillon. Saveria ne crie pas : à quoi cela servirait-il sinon à exciter encore ses tourmenteuses. Alors qu’elle s’enfonce dans sa désespérance, un épais liquide rougeâtre très sombre est versé et étalé sur son corps, de son crâne chauve jusqu’aux pieds. En goûtant ses lèvres, Saveria détecte ocre et oxyde de fer. Puis, c’est une substance poisseuse plus foncée encore et brillante qui est appliquée sur ses lèvres pour, sans doute, lui dessiner une bouche grotesque et exagérément lippue. Saveria se laisse faire docilement lorsqu’on la détache et la relève. Vaincue, elle laisse les ignobles matrones terminer la mise au noir de son côté pile. L’amalgame sèche rapidement, formant une sombre croûte parcheminée. «Au moins, pense la pauvrette, «cet enduit masque mon sexe. » Mais les officiantes viennent alors soigneusement nettoyer ses seins et son triangle intime : rien ne lui sera donc épargné ! Anéantie, la jeune femme comprend que transformée en femme noire, elle sera exposée nue devant tout le monde, son sexe clair et ses seins blancs proclamant sa différence d’avec toutes les autres femmes. Saveria réalise que le racisme n’est pas l’exclusive des blancs, qu’il est universel. Mais ce n’est pas là une véritable découverte : ladifférence n’est admise par aucune majorité. On l’entrave avec un long bâton attaché à ses chevilles, barre d’écartement qui l’oblige à ouvrir largement ...
... ses jambes. On lui lie les mains dans le dos avec une courte cordelette nouée à la barre, pour la contraindre à se baisser : il lui faudra marcher à croupetons, vilain petit canard noir exposant largement ses attributs sexuels blancs. Pas de collier de fleurs, pas de jupe en raphia pour elle, la mariée est poussée à l’extérieur de la hutte, entourée par les matrones qui forment un cercle compact autour d’elle et tiennent un long tissu rouge pour la masquer. Un murmure parcourt la tribu qui ne distingue pas la mise en scène obscène mais s’étonne que l’on cache la future épouse. La future avance péniblement, en canard, tête basse. Sans broncher, elle suit le pas des mégères. Lorsqu’elle atteint enfin la case du chef, les femmes autour d’elle s’écartent d’un coup, laissent le tissu rouge s’affaler au sol : si les « maquilleuses » et quelques excités près du chef manifestent leur enthousiasme, un cri de surprise jaillit du reste de la population, exclamation étonnée qui se transforme rapidement en sourd grondement de colère. Les villageois vitupèrent, les femmes surtout, jeunes et moins jeunes. Lorsque Saveria redresse la tête, Matutu est face à elle, debout devant l’entrée de sa case, en tenue de cérémonie et tenant un énorme bouclier oblong. Il la toise durement, un abominable sourire méprisant aux lèvres. Il crache sur ses pieds avant de se pousser sur le côté. Saveria découvre alors un homme, de dos, encadré par deux guerriers qui le soutiennent et le font sortir ...