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L'initiatrice
Datte: 15/05/2026, Catégories: #initiation, #personnages, #premiersémois, #différencedâge, fh, fagée, Oral Auteur: Delectatio, Source: Revebebe
... avait l’âge d’être ma grand-mère. Pourtant, je n’avais jamais ressenti ce trouble, ni pour les filles qui m’avaient souri, ni pour celles que j’espérais en cachette. Le lendemain matin, je me rendis à la bibliothèque municipale. Sans vraiment y penser, je demandaiLa Princesse de Clèves. La bibliothécaire me le tendit sans un mot. Ce soir-là, dans mon lit, le livre posé sur mes genoux, je lus jusqu’à trois heures du matin. L’histoire d’une femme prise entre passion et devoir, entre la brûlure du désir et les murs invisibles d’une époque. « Il y a peu d’exemples d’une passion plus véritable et plus tendre que la mienne ; mais elle était combattue par des mouvements plus puissants encore. » J’imaginai Ghislaine, jeune, peut-être belle, peut-être fière. Mais enfermée, comme Madame de Clèves, dans une vie dictée par les convenances. Et maintenant, à la toute fin, seule dans une maison trop grande, elle ouvrait des brèches. De petites failles, où elle laissait passer quelque chose. Quelque chose pour moi, une offrande. Le dimanche soir, après avoir posé mon sac dans l’entrée, j’ai jeté un œil vers le salon : la lampe était encore allumée, la radio diffusait un air ancien, un de ces tangos désuets qui appartiennent au passé. Sur la table basse, un service à thé, deux tasses, une était pleine, encore fumante, l’autre m’attendait. Elle était assise comme toujours dans le même fauteuil, drapée dans une étoffe prune aux motifs orientaux, cigarette longue à la main. Son ...
... regard s’attarda un peu trop longtemps sur moi. — Ah, vous voilà. On vous aurait cru parti pour toujours. J’esquissai un sourire maladroit : — Mon train avait un peu de retard, crus-je utile de me justifier. — Vous avez l’air bien pâle, affirma-t-elle. Quelque chose vous travaille ? Cela se voyait-il autant ? Elle sentait mon émoi et manifestement s’en amusait. C’était ça le plus terrible. — Asseyez-vous donc cinq minutes… Ah,La Princesse de Clèves, reprit-elle, en remarquant le livre que j’avais à la main. C’est un roman cruel, n’est-ce pas ? Les âmes nobles y sont sacrifiées. On y meurt de ne pas aimer… ou d’aimer en silence. S’en suivit justement un silence, long, trop long. Puis, elle se leva lentement, le tissu de son kimono glissa un peu sur son épaule, mais elle n’y toucha pas. Elle laissa voir. Dans le clair-obscur du salon, je perdis toute notion de temps, ne sachant plus si je devais regarder ou fuir. Elle se pencha légèrement vers la théière. — Je vous en sers une tasse ? demanda-t-elle, d’un ton si neutre qu’il en devint pervers. Je balbutiai quelque chose qui ressemblait à un « oui ». Elle servit. Le thé coulait doucement, en un mince filet doré, presque sensuel. Puis, elle s’assit de nouveau, croisant ses jambes nues avec lenteur. — Vous savez, Pascal, il est des hommes qui regardent les choses s’éloigner sans jamais rien faire. Des hommes qui meurent à petit feu, parce qu’ils n’ont pas osé saisir ce qui leur était tendu. Je ...