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Je vous parle d'un temps...
Datte: 27/03/2026, Catégories: #réflexion, #nonérotique, #romantisme, #regret, #nostalgie, #personnages, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe
... Blanche, un sourire timide au coin des lèvres, les cheveux au vent, disparaissant au détour d’une rue, sa silhouette s’effaçant dans la lumière dorée du matin. Bien sûr, j’ai connu d’autres femmes. J’ai même aimé certaines d’entre elles, mais jamais comme j’ai aimé Blanche. Aujourd’hui, quand je repense à elle, je sais qu’il y a des amours qu’on ne possède pas, qu’on ne retient pas, mais qui restent en nous, comme une mélodie qu’on fredonne sans y penser. La bohème, c’est ça aussi, un rêve qui s’envole, mais qui, au fond, ne disparaît jamais vraiment. ooo0000ooo Aujourd’hui, je suis donc revenu à Montmartre, comme pour retrouver le souffle de nos vingt ans. Même si le quartier a changé, les rues, les escaliers, les ruelles sont les mêmes, sauf qu’ils semblent vides sans Blanche. Pourtant, avec la pluie qui s’est mise à tomber doucement sur les pavés de Montmartre, dans cette lumière tamisée par l’automne, on pouvait encore sentir l’âme de la bohème, de ce vieux Paris où chaque coin de rue est une scène de poésie vivante. Rue Girardon, au 5, l’immeuble est toujours là. Je suis entré. La modernité n’a pas encore atteint la bâtisse, pas de digicode. J’ai monté l’escalier jusqu’en haut, le sixième et ses chambres de bonne. L’étage semble désert et plus habité. Au fond du long couloir, il y avait notre mansarde à Blanche et à moi. Les larmes me montent aux yeux. J’imagine son rire à ...
... travers la porte. Mais non, le silence règne. Elle est entrouverte. En entrant, j’ai trouvé mon atelier, vide, poussiéreux, mais intact. Au fond d’un placard dort un vieux cahier contenant des dessins que nous avions faits ensemble. Les pages sont fanées, jaunies, oubliées. Au milieu, j’ai retrouvé une vieille photo datant du début du vingtième siècle, de Pablo Picasso et de Fernande Olivier, sa compagne de l’époque avec leurs chiens Féo et Frika, devant le Bateau-Lavoir. En tournant les pages, j’ai murmuré : — La bohème, c’était ça la bohème. On ne mangeait qu’un jour sur deux, on était jeunes, on était fous, mais qu’est-ce qu’on était heureux. Enfin, dans ce silence pesant, j’ai compris que ce n’était pas la gloire que j’ai pu connaître par la suite, que je cherchais à l’époque. C’était juste cette simplicité, ce feu d’autrefois que je ne pourrais jamais raviver. Je me suis assis près de la fenêtre contre le mur, j’ai pris un crayon dans mon sac et j’ai dessiné sur le vieux carnet trouvé dans le placard. Je me suis remis à dessiner Blanche, notre jeunesse, notre bonheur. Car, même si elle n’est plus là, elle reste à jamais ma muse, mon étoile, ma bohème. Bien qu’absente, elle ne m’a jamais quitté. « Tu sais bien que nous n’avons été heureux qu’à Montmartre. » Picasso, à son ami André Salmon, 1955 Charles Aznavour - La Bohème https://www.youtube.com/watch?v=hWLc0J52b2I