1. Je vous parle d'un temps...


    Datte: 27/03/2026, Catégories: #réflexion, #nonérotique, #romantisme, #regret, #nostalgie, #personnages, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe

    ... enfoncé sur le crâne.
    
    — Tu trouves que ça ressemble à Paris, toi ? demanda-t-il à son amie derrière lui.
    — Ça ressemble à ce que tu ressens de Paris, et c’est tout ce qui compte, lui répondit Anna en soufflant la fumée de sa Gauloise.
    
    Les deux amis et amants traînaient dans ce coin de la Butte depuis des années. Pierre, peintre bohème, passait ses journées à croquer des silhouettes Place du Tertre, tandis qu’Anna, serveuse au Consulat, enchaînait les discussions avec des inconnus, toujours prête à refaire le monde.
    
    Au loin, l’accordéon d’un vieux musicien s’élevait au-dessus du brouhaha des terrasses du boulevard de Clichy. Les tables des bars débordaient de verres de vin et les discussions enfiévrées allaient bon train. Paul, un jeune poète sans le sou, récitait ses vers à une danseuse d’un cabaret qui riait d’un air faussement indifférent. Dans l’ombre d’une ruelle, deux silhouettes se frôlaient avant de s’unir et disparaître dans un baiser volé.
    
    J’aimais Blanche comme un fou, c’est indéniable. Et pourtant, l’amour à Montmartre, c’était aussi un peu comme un mirage. Il naissait facilement, brillait intensément, mais se fanait tout aussi vite. Blanche avait ses rêves à elle, ses envies de liberté, et moi, je ne pouvais pas l’empêcher de partir un jour, de suivre sa propre route, de chercher ailleurs ce qu’elle ne trouverait plus ici. C’était la règle de ce monde-là : l’amour était libre, mais souvent fragile. Blanche m’aimait, mais le temps a passé. Mes rêves ...
    ... de gloire ont commencé à s’effriter face à la réalité. Mes tableaux ne trouvaient pas preneurs. Les critiques étaient cruels, ou pire, indifférents. La faim, la pauvreté s’intensifiaient. Blanche, qui voyait la lumière de son amour vaciller, commença à poser pour d’autres peintres, pour quelques francs.
    
    Un soir, alors que nous marchions du côté de la place des Abbesses, je lui ai dit :
    
    — Blanche, et si tout ça ne menait à rien ? Et si j’étais un imposteur ?
    
    Elle serra ma main, ses yeux brillaient d’une tendresse infinie.
    
    — Tu es un artiste, et c’est ce qui compte.
    
    Les mois, les années ont passé. Notre jeunesse, si ardente, laissa la place à une certaine mélancolie. Un jour, j’ai reçu une lettre. Une galerie de renom voulait exposer mes tableaux. Enfin, mon travail était reconnu.
    
    Mais il était trop tard.
    
    Blanche était partie depuis longtemps. La pauvreté, les désillusions et peut-être l’usure du temps avaient eu raison de son amour.
    
    J’ai assisté seul à mon triomphe, à la reconnaissance, mais je n’y ai trouvé aucune joie. J’ai quitté Montmartre et Paris, pour m’installer dans le bassin d’Arcachon. Blanche ? J’ai appris qu’elle s’était mariée avec un notaire et avait fondé une famille du côté de Châteauroux. Nous ne nous sommes jamais revus. Je pense à elle chaque jour.
    
    Le temps a passé, comme il passe toujours. J’ai quitté Paris, donc. Les années ont effacé un peu la magie, mais quelque part, dans un coin de ma mémoire, la bohème vit encore. Je revois ...