1. Je vous parle d'un temps...


    Datte: 27/03/2026, Catégories: #réflexion, #nonérotique, #romantisme, #regret, #nostalgie, #personnages, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe

    ... peintre, vivant de presque rien, mais mon cœur débordait d’espoir, mon cerveau de rêves.
    
    Et puis il y avait Blanche. Avec Blanche, nous formions un couple inséparable, insouciant et passionné, uni dans une vie d’art et de pauvreté. Nous vivions sous le ciel d’un Paris qui semblait éternel, où chaque instant devenait une œuvre d’art. Dans les yeux de Blanche brillait la promesse d’un bonheur fugace, éphémère, mais intense.
    
    Je l’ai rencontrée par hasard. J’avais mis une annonce chez les commerçants de la Butte, cherchant un modèle pour mes toiles. Notre rencontre, je m’en souviens comme si c’était hier. Je me revois assis devant la fenêtre, dans la lumière du matin printanier qui s’étirait paresseusement sur les toits parisiens, inondant mon atelier. Vêtu de ma blouse tachée de vermillon et de cyan, j’étais devant ma toile, mettant les dernières touches à un tableau du Moulin de la Galette. Pas un chef-d’œuvre, loin de là, mais je comptais le vendre quelques francs à des touristes.
    
    Blanche, je n’attendais qu’elle. Depuis le premier jour où elle a franchi le seuil de mon atelier, répondant à mon annonce, j’ai su que je ne peindrai plus qu’elle. Il y avait dans sa silhouette une grâce indéfinissable, dans son regard une lueur insaisissable que j’allais pourtant chercher à capturer. En vain, chaque toile, aussi réussie et belle soit-elle, me semblait incomplète, inachevée. Je dessinais, peignais, effaçais, corrigeais, recommençais. Je traçais les contours de son visage ...
    ... que je connaissais par cœur. Je traquais l’indicible, ce petit rien qui rendait Blanche unique. Je cherchais, plutôt que son image, ses sentiments, ses pensées.
    
    Mon atelier n’était qu’une mansarde glaciale l’hiver, suffocante l’été, nichée sous les toits d’un immeuble vétuste de la rue Girardon. Nous réchauffions l’hiver devant le vieux poêle. Les murs étaient tapissés de croquis inachevés et de toiles éclatantes, témoins d’une créativité sans limite. Parfois, le vent sifflait à travers les fentes des fenêtres mal calfeutrées, mais, peu nous importait. Nous avions tout à cette époque, la jeunesse, l’art et cet amour qui rendait les jours moins durs.
    
    — Regarde Blanche, lui disais-je, pinceau à la main. C’est notre prochain chef-d’œuvre. Ce tableau, je le sens, va changer notre vie.
    
    Elle riait, enroulée dans une couverture :
    
    — Mais oui, mon amour, et demain, nous serons riches. Peut-être même que nous mangerons et boirons autre chose que du pain rassis et du vin bon marché !
    
    Nos rires résonnaient dans la pièce. Nous rêvions, comme pour conjurer la misère.
    
    Je la revois se réveillant le matin, ses cheveux défaits, un sourire se dessinant sur ses lèvres en me voyant encore absorbé par mon élan créatif.
    
    — Tu n’as pas dormi, hein ? murmurait-elle en s’approchant et en m’enlaçant.
    
    Je haussais les épaules. À quoi bon dormir quand chaque instant sans elle me semblait du temps perdu ?
    
    J’attrapais un pinceau, le trempais dans mes couleurs que je mélangeais sur ma ...
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