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Je vous parle d'un temps...
Datte: 27/03/2026, Catégories: #réflexion, #nonérotique, #romantisme, #regret, #nostalgie, #personnages, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe
... palette et traçais un premier trait sur une toile vierge. Blanche s’installait près de la fenêtre, faisant tomber sa chemise de nuit au sol et laissant la lumière jouer sur son visage et sa poitrine. Poitrine dont je saisissais le galbe avec mon pinceau. — Pourquoi moi ? me demandait-elle parfois. — Parce qu’aucune couleur n’existe en dehors de toi. Et puis parce que tu es mon obsession, surtout. Pour moi, elle était plus qu’un modèle, plus qu’une muse. Elle était ma raison de peindre, ma raison d’exister. Chaque toile, chaque croquis semblait plus vibrant, plus vivant. Je ne me contentais plus de peindre Blanche, je peignais l’ombre de son sourire, l’écho de son rire, la douceur de son souffle. Elle chantait parfois dans des petits cabarets. Sa voix douce résonnait dans l’air comme un écho lointain de la vie que l’on menait. La bohème, c’était elle, mais aussi ce monde qui nous enveloppait, où tout semblait possible et tout paraissait fuyant à la fois. Elle portait des robes simples, des couleurs qui se fondaient dans l’ombre des ruelles, et pourtant, elle avait cette lumière dans sa démarche qui me capturait à chaque pas. Nous n’avions rien, rien sauf nos rêves, et peut-être que c’était ça le plus précieux. Les nuits, nous descendions dans les ruelles pavées, vers Pigalle et ses bars de nuit, où se réunissaient les âmes bohèmes. Nos soirées se déroulaient dans les cafés bruyants, entourés de gens qui riaient fort, qui buvaient du vin pas cher et qui ...
... parlaient sans fin de leurs projets, de leurs espoirs, mais aussi de leurs peines. Les conversations s’enflammaient sur l’art, la liberté et l’avenir. J’esquissais parfois des portraits sur des nappes en papier, comme le faisait Picasso, tandis que Blanche chantait des airs mélancoliques pour distraire les clients et parfois obtenir quelques pièces des touristes. La vie semblait se résumer à cette quête de l’instant, de cette folie douce qui traversait les cœurs des gens qui, comme nous, croyaient que tout était encore possible. Nous n’avions rien, mais nous étions riches. La vie semblait si belle dans ces instants suspendus. Quand l’un de nous arrivait à vendre un tableau, il faisait manger les autres. Le reste du temps, nous nous retrouvions pour dîner à crédit Chez Plumeau, à la bonne franquette ou Chez la Mère Catherine, où nous croisions Piaf ou Aznavour, qui se produisait dans différents cabarets de Montmartre ou de Pigalle. Dans les bars, dans les ateliers d’artistes, c’était calme, c’était paisible et fraternel. Modeste, mais on y sentait la chaleur et l’humanité. Montmartre était un village, et l’est toujours d’ailleurs. En marchant, j’ai un flash de l’une de ces soirées passées du côté de la rue des Abbesses. L’air sentait la peinture fraîche et le café noir. Le vent tiède soulevait les rires des artistes et le froissement des robes légères. Pierre, un ami peintre, se reculait pour observer sa toile posée sur son chevalet installé au milieu du trottoir, son béret ...