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Je vous parle d'un temps...
Datte: 27/03/2026, Catégories: #réflexion, #nonérotique, #romantisme, #regret, #nostalgie, #personnages, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe
Le métro a ralenti en entrant dans la station Lamarck-Caulaincourt. J’ai senti mon cœur battre plus fort. Trente ans. Trente ans que je n’ai pas remis les pieds à Paris, encore moins à Montmartre. Assis sur le strapontin du wagon, le front contre la vitre, je scrute le quai. Mon sac de voyage est posé à mes pieds, contenant peu de choses, quelques vêtements, un carnet de croquis, des pinceaux, des crayons, vestiges de mon passé d’artiste-peintre. Je gravis les marches de l’escalier qui monte à la sortie de la station. Je traverse la rue Caulaincourt. L’air parisien chargé d’humidité et d’effluves de viennoiseries provenant de la boulangerie du coin emplit mes narines. Je resserre mon manteau, frissonnant autant sous l’effet du vent que de l’émotion. Chaque pas me ramène un peu plus en arrière. À chaque marche de l’escalier de la rue Saint-Vincent, les souvenirs me reviennent bribe par bribe. En haut de l’escalier, je continue la rue Saint-Vincent, passe devant le Lapin-Agile, le fameux cabaret, longe les vignes de Montmartre. Puis je m’engage dans la rue des Saules, jusqu’à la Maison Rose. Je m’arrête devant, hésitant à poursuivre. Plus haut, si je continue, je vais arriver place du Tertre. J’appréhende de la revoir aujourd’hui, loin de ce qu’elle est dans mes souvenirs, envahie de touristes asiatiques ou anglo-saxons et de faux peintres qui les escroquent en leur vendant des sérigraphies au prix de toiles, sans compter les pickpockets. Je décide d’y retourner ...
... tout de même. C’est plus fort que tout. La place du Tertre est toujours là, fidèle à elle-même, les chevalets dressés, les portraitistes, les caricaturistes, les touristes émerveillés. Et pourtant, quelque chose a changé. Moi… je ne connais plus personne. Je cherche du regard un signe du passé, une ombre familière, mais rien. Juste des éclats de rire, des coups de pinceau qui résonnent dans l’air froid de ce matin de novembre. Je me suis approché du stand d’un jeune peintre qui applique des touches de bleu sur une toile représentant le Sacré-Cœur, avant de faire demi-tour. Je reviens sur mes pas. Depuis la Maison Rose, je prends la rue de l’Abreuvoir vers l’immeuble qui abritait mon humble meublé niché sous les toits. Descendant la rue de l’Abreuvoir, mon esprit se met à courir. Je me souviens de cette époque où nous étions jeunes et où la vie se mesurait à la couleur de nos rêves plutôt qu’à l’épaisseur de nos porte-monnaie. Autrefois, Montmartre était mon royaume. J’y ai peint, rêvé, aimé. Mais le temps a filé, emportant avec lui l’insouciance de la jeunesse. La vie m’a menée ailleurs, loin de ces ruelles pavées. C’était une époque où l’on vivait plus avec le cœur qu’avec la tête. Le Montmartre des années 50, avec ses bistrots et ses ateliers, était le lieu où les poètes, les peintres et les musiciens se croisaient, se parlaient, s’engueulaient parfois, mais surtout, se comprenaient. La Butte fourmillait d’artistes en quête de gloire. J’étais l’un d’eux, un jeune ...